” Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.”

C’est Benjamin Franklin lors la déclaration d’indépendance du 04 juillet 1776 qui prononce ces mots pleins de sens et qui continuent à marquer quelques siècles plus tard.

La recherche du bonheur est un concept intéressant qu’il convient de bien analyser.

Selon l’encyclopédie Larousse, le bonheur est un nom masculin qui signifie état de complète satisfaction, de plénitude. Et le but dernier de tout homme est d’être heureux dans le meilleur des mondes.

Si nous partons de ce postulat, on se rend compte que le bonheur devient  indissociable de  la « dignité humaine » et de  « l’espérance ». Et pour ceux et celles qui connaissent ou qui subissent le parcours du combattant pour obtenir un titre de séjour dans les préfectures françaises seront d’accord avec moi pour parler de recherche du bonheur.

Le titre de séjour est devenu le sésame pour une vie meilleure, une occasion en or de rester en France et de subvenir aux besoins des siens restés au pays.

Entendons nous bien, je ne suis pas là pour juger ni la France, ni les immigrés africains et autres qui se battent tous les jours pour avoir les « papiers ».

Je suis là comme un témoin privilégié, un acteur de la réalité que nous, étrangers, vivons dans ce cher et si beau pays où a été signée la déclaration des droits de l’homme et du citoyen!

Une fois un ami m’a dit « mon ami, il faut savoir que quand tu viens en France, tu ne viens pas pour faire l’école, la première chose c’est le papier ! » et il termine avec un sourire « …l’école viendra plus tard ».

En y réfléchissant bien je me rend compte au vu de la triste réalité qu’il n’a pas complètement tort. Si on fait un sondage dans la communauté africaine vivant en France la première préoccupation sera certainement le titre de séjour.

Ce dernier est devenu la principale source de motivation de tout étranger en situation précaire. C’est aussi une source d’angoisse notamment pour les étudiants quand arrivent les mois de renouvellement à savoir septembre et octobre.

Pour tous les étudiants dans cette situation, il faut trouver un stratagème pour renouveler ses papiers, et tous les moyens sont bons. L’une des blagues les plus courantes dans le milieu africain est de dire que les étudiants africains sont les plus diplômés au monde, ils passent de master en master pour pouvoir renouveler leur titre de séjour.

Je vais à peine paraphraser Voltaire[1]  dans Candide quand il parle de du travail qui éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le besoin et le vice.

Le titre de séjour éloigne de nous trois grands maux aussi : l’anxiété, la crainte ou la peur du lendemain et le chantage.

Il éloigne également de nous des heures d’attente qui se transforment en journées d’attente  souvent sous la pluie et le froid.

Il éloigne de nous également la honte parfois l’exaspération d’être la cause de tous les malheurs de la France, surtout en période de crise !

La poursuite du bonheur c’est aussi l’histoire de ces quatre jeunes femmes qu’on va appeler, Alice, Nadine, Jeanne et Fernande qui ont décidé toutes ensembles de quitter leur Cameroun natal à la quête de meilleurs lendemains à « Mbengue ».

Elles ont fait une escale au Nigéria, restées quelques mois au Mali et au Sénégal pour enfin finir en Algérie en attendant la bonne occasion pour traverser le désert en direction de l’Espagne.

Elles ont dû faire beaucoup de compromis notamment avec les hommes pour se protéger contre, contre tous les dangers vols, viols, trafiques et autres meurtres crapuleux.

Malheureusement Fernande a du rester en Algérie parce qu’elle partageait sa vie avec un « feyman », elle est toujours en prison.

Cette vision du bonheur leur  a remonté le moral quand elles ont perdu leur cousin et ami mort par noyade  au large de l’océan atlantique  lors d’une violente tempête non loin des côtes sénégalaises.

Arrivées en France, elles se sont rendues compte très vite qu’il n’y avait pas beaucoup d’alternatives : le mariage ou l’enfant.  Quelques neuf mois plus tard, elles donnèrent naissance à intervalle d’un mois à de jolis petits bébés « les enfants du bonheur ».

C’est aussi la recherche de cette dignité humaine ou de la migration par nécessité qui a poussé ce jeune Camerounais à faire le pigeon voyageur dans le train d’atterrissage de cet avion Camair Co , mais qui arrivé en mille morceaux à Paris CDG.

C’est aussi le cas de Pierre ce béninois de 34 ans qui est tout simplement père de six enfants et qui ne travaille pas ; ah oui il fait le business du papier.

Krista aussi est venue chercher « sa part de bonheur » en épousant un blanc au pays, le jackpot ? Non ! Je la vois tous les soirs sur la petite montée de Strasbourg St Denis entrain de faire les cent pas, à la recherche du client.

Alors je ne sais pas trop si Benjamin Franklin en prenant conscience de la réalité que revêtaient les termes « recherche du bonheur », les aurait écrits de la même façon. C’est donc ça le fameux paradoxe du bonheur ?

A travers cet article je voudrai rendre hommage à ces morts par centaine dans le désert du Sahara, dans les profondeurs de l’océan atlantique, dans les trains d’atterrissage d’avions en provenance d’Afrique et dans les prisons du Maghreb.

Je lance aussi un appel à tous ces vendeurs de rêve qui font miroiter la belle vie à nos frères et sœurs restés au Pays.

 La recherche du bonheur est l’un des actes les plus nobles qui soit, mais la recherche du bonheur à tout prix peut parfois nous coûter…la vie !

 
par BAPE


[1] Candide de Voltaire

A La poursuite du Bonheur ou quand on est prêt à tout pour venir en France et obtenir un titre de séjour

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