Cette année, la période estivale fut pleine d’événements marquants. De l’élection d’IBK, nouveau président malien, à la cérémonie d’intronisation du président autoproclamé de la République Centrafricaine, en passant par la transition houleuse en Egypte.

Dernièrement, c’était au tour du Kenya de connaître une tragédie avec l’attaque des miliciens Shebabs, groupuscule d’extrémistes somaliens qui ont récemment prêté allégeance à la grande multinationale terroriste, Al Qaeda.

Je ne reviendrai pas sur ces événements ici et essayerai encore moins d’hurler avec les loups en m’aventurant à donner des raisons qui pourraient les expliquer.

Toutefois, ces événements questionnent profondément la masse de jeunes africains en pleine possession de leurs moyens. Particulièrement, ils imposent à tous les jeunes qui ont la volonté de jouer un rôle, quel qu’il soit, sur ou pour le continent africain à définir une l’Afrique que nous voulons voir demain.

«Avons nous sacrifier les grandes luttes sur l’autel des taux de croissance élevés?»

 

La question mérite d’être posée car, au cours des 50 dernières la jeunesse a toujours incarnée de grandes luttes sur le continent africain.

Steve Biko n’avait que 23 ans lorsqu’il fut élu président de la «South African Students Organisation», il mourut à 30 ans. Patrice Emery Lumumba n’avait que 30 ans lorsqu’il créa «l’Association du personnel indigène de la colonie», son premier pas vers la vie publique; il mourut à 35 ans. Thomas Sankara n’avait que 33 ans lorsqu’il démissionna avec fracas du gouvernement dirigé par le colonel Zerbo. Il prononça à cette occasion l’une de ses plus célèbres phrases «Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple». La suite est connue, Sankara fut assassiné à 37 ans. Nelson Mandela quant à lui n’a que 26 ans lorsqu’il adhère à «l’African National Congress», avec d’autres jeunes leaders il entreprend un travail de questionnement et de refonte de l’institution qu’était l’ANC au point de prendre la tête de sa branche armée à l’âge de 43 ans. La liste pourrait continuer un long moment.

Si le destin de ces illustres africains est évidement singulier, accordons nous pour dire qu’ils avaient en commun trois caractéristiques principales : le refus du fait accomplie, une cause en laquelle ils croyaient et une volonté d’agir concrètement allant jusqu’au don de soi -sans pour autant signifier la mort-.

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Ecarts entre classes

D’aucuns diront que les combats contemporains ne sont plus les mêmes et qu’aujourd’hui nous avons de jeunes entrepreneurs africains qui se battent au quotidien pour apporter des solutions concrètes à leur concitoyens notamment dans des domaines vitaux comme la santé, l’éducation ou les infrastructures de bases. Je ne leur donnerai que partiellement raison et ce pour une raison principale : un Etat ne se bâtit pas uniquement avec des indicateurs économiques positifs mais avec la construction d’un but commun, partagé par la majorité.

En d’autres termes, il ne suffit pas qu’une population puisse manger à sa faim, ait accès à l’eau, l’électricité, aux autoroutes et aux téléphones portables pour s’assurer que ce développement n’est pas aussi stable qu’un château de carte.

Pour évoluer sur des bases solides, il faudrait que la population sache vers quoi elle chemine et qu’elle soit assurée que les efforts consentis sont justes et partagés par tous.

Et voilà précisément que là où les lacunes en matière de bonne gouvernance sont criantes, les media spécialisés et autres institutions financières internationales préfèrent mettre l’accent sur les taux de croissance alléchants et les opportunités économiques indéniables. Car c’est un fait, l’image de notre continent est en train de changer, prenez n’importe quel magazine ou journal parlant de l’Afrique et vous remarquerez que l’économie est de plus en plus mise en avant et que les titres les plus dithyrambiques ne sont plus extrêmement rares.

Mais tout cela est-il durable? J’en doute tant il manque des ingrédients importants.

Que fait-on des principes généraux comme la transparence dans la vie publique de nos Etats,  l’application et le respect de la législation, la responsabilité de répondre de ses actes dans le secteur publique comme le privé, je pense notamment à ces entreprises qui détruisent nos écosystèmes? Ou d’un simple principe comme le civisme? Dans certaines régions de notre continent ce simple principe se fait rare si bien que cela participe à l’augmentation des problèmes d’insalubrité.

«Faire autrement, faire authentiquement»

Ory Okolloh, fondatrice des initiatives Mzalendo (observatoire du parlement Kenyan) & Ushahidi (collecte d'information auprès des acteurs locaux)

Ory Okolloh, fondatrice des initiatives Mzalendo (observatoire du parlement Kenyan) & Ushahidi (collecte d’informations auprès des acteurs locaux diversifié et partage de connaissances  –Crowdsourcing-)

Qu’on se le dise, cela nous interroge tous. Concrètement, que faisons-nous pour transformer notre continent? La réponse n’appartient pas seulement aux chefs d’Etats et autres dirigeants.

Bien sûr, beaucoup de jeunes sont engagés dans une démarche citoyenne qui mène vers un changement durable cependant leur voix ne porte pas assez, pourtant elle gagne à se faire entendre. Afin d’y parvenir nous devons passer par des actions globales et une unité derrière les bonnes initiatives qu’elles viennent du continent ou de la diaspora.

Bien sûr cela va être difficile car il est beaucoup plus aisé de mesurer les impacts d’une route dans une région isolée car étant visible à court ou moyen terme que ceux d’une campagne de sensibilisation qui aura des impacts à long terme. Mais qui douterait de l’importance cruciale de la seconde méthode?

Puis, heureusement, la sensibilisation ne nécessite pas les mêmes fonds financiers que la construction d’infrastructures. Effectivement, des caractéristiques comme le refus du fait accomplie, une cause en laquelle on croit et une volonté d’agir concrètement allant jusqu’au don de soi suffisent souvent pour mener de grandes initiatives qui changent un nombre significatif de personnes.

J’aimerais croire que le rêve de la jeunesse africaine n’est pas seulement d’accéder à la classe moyenne mais également de définir un modèle de développement, de consommation et de vie qui embrasse aussi bien modernité, traditions et valeurs locales. Les exemples du succès de la lutte sénégalaise et des nombreuses entreprises agro-alimentaires basées sur des coutumes africaines prouvent qu’il est possible d’en arriver là.

Arriver à un moment où nous, jeunesse africaine, pourrons «penser et agir par nous même, en Nègre, […] accéder à la modernité sans piétiner notre authenticité».

Boniface Duval

E-mail : [email protected]

Twitter : @BonifaceDuval

*«penser et agir par nous même, en Nègre, […] accéder à la modernité sans piétiner notre authenticité»

Léopold Sédar Senghor 

Grand Angle : L’épisode précèdent

Afrique victorieuse? Oui, mais quelle Afrique?

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