Je ne tenterai pas ici de faire une rétrospective complète des coups d’état africains mais je citerai ceux, qui à mon humble avis n’ont strictement servi à rien, sauf à accroître misère et chaos entre autres et laissent un profond  goût amer dans la bouche.

15 octobre 1987 : Le basculement du Burkina Faso : la mort de Thomas Sankara

Blaise Compaoré accède à la magistrature suprême en reversant son ami, son frère  Thomas Sankara.  Au-delà des désaccords, la première question que l’on peut se poser est : Pourquoi ? Pourquoi avoir éliminé Sankara ? Son fort sentiment panafricaniste n’était plus à démontrer et beaucoup voyait en lui l’avenir du Burkina Faso et celui de l’Afrique. Ses idées aujourd’hui sont toujours dans les esprits de tous les africains malgré les profonds sentiments de regret et d’amertume que sa perte a provoqués. Je ne l’ai pas connu et j’aurais aimé comme sans aucun doute  beaucoup de ma génération. On ne pourra que se consoler en répondant plein d’espoir aux interrogations suivantes : «  Et si Sankara était toujours vivant ? Que serait aujourd’hui le pays des hommes intègres ? Que serait l’Afrique ? »

Aujourd’hui Blaise Campaoré est toujours au pouvoir, depuis maintenant presque 26 ans. 26 années d’un règne sans partage, sous fond de stratégies, d’alliances et de manigances politiques. Le Burkina n’est certes pas la Haute-Volta d’hier mais est-il le Burkina Faso qu’il doit être ? Assisterons-nous à une « révolution Burkinabée » un jour ? Le mystère autour de la mort de Sankara plane toujours et personne n’a été jugé pour ce crime.

 

 

9 avril 1999 : Niger , Coup d’état un jour, coup d’état toujours, le général Ibrahim Baré Maïnassara, victime d’un « accident malheureux »

Contrairement à Sankara, je ne parlerai pas du Général Baré comme d’une icône. Sa politique a été très controversée  durant son mandat, il ya toujours des points positifs et négatifs dans tout mandat. Mais pour juger pleinement, encore faut-il que le mandat soit rempli. Le 9 avril 1999, le général Baré est assassiné sur le tarmac de l’aéroport Diori Hamani à Niamey par des éléments de sa garde présidentielle.  L’événement est qualifié par les putschistes d’ « accident malheureux ». Cette phrase je l’ai entendue et réentendue pendant des années et je la réentends encore. Ce coup d’état je l’ai vécu, avec mes yeux d’adolescente.  Ce fut une grande tristesse, surtout quand on connait la suite de l’histoire politique du Niger. La situation s’est empirée malgré une brève décennie de stabilité politique : famine, grèves, chômage, cherté de la vie et j’en passe.

Il est vrai qu’au vu du non-progrès réalisé pendant la période post Baré, il est légitime de se demander : « Et s’il était encore là, que serions-nous, où le Niger serait ? »Une question dont la  réponse reste encore en suspens.

 

 

19 septembre 2002 : Côte d’Ivoire, le putsch manqué scellant la division

Ce putsch est un cas particulier de ceux que j’ai déjà cités. En effet, il s’agit d’une tentative qui n’a malheureusement pas « abouti » et qui est à l’origine du mal qui ronge la Côte d’Ivoire. A la suite de ce coup manqué, Abidjan ainsi que la partie ouest et sud du pays,  restent aux mains des partisans du président en place Laurent Gbagbo  et la partie nord est aux prises des rebelles putschistes.  Le pays est scindé en deux et c’est le début d’une longue décennie de crise politique. Je ne reviendrai pas sur les précédents événements de la crise électorale de 2010 qui a opposé Gbagbo à Ouattara, vous les maîtrisez sans doute assez bien.

 

 

Moussa Dadis Camara

Moussa Dadis Camara

24 décembre 2008 : Le « Dadis show » s’empare de Conakry

Quand on prononce le nom Dadis, on réfléchit une minute et on se dit en souriant « Ah, oui ! Le fou ! ».  Moussa Dadis Camara aura brièvement marqué l’histoire de la Guinée et pas de la manière la plus glorieuse. Le 24 décembre 2008, Lansana Conté à la tête du pays depuis un peu plus de 24 ans, décède. Dadis et ses camarades profitent de sa mort pour s’emparer du pouvoir.

On ne retiendra de Dadis, d’un point de vue extérieur, qu’un homme s’exhibant devant les chaines de télévision françaises dans son lit, un dimanche ou humiliant des personnalités diplomatiques telles que l’Ambassadeur  d’Allemagne en Guinée ou limogeant à tout-va des responsables administratifs. Le Dadis show nous a tous laissés pantois.

Son excès de zèle et le massacre du 29 septembre 2009 de manifestants au grand Stade de Conakry, précipitent sa chute. Dadis reçoit une balle en pleine tête, tentative d’assassinat perpétrée par un de ses acolytes. Évacué au Maroc pour être soigné, Dadis survit mais le rideau tombe sur la scène du Dadis Show, le public ne réclamera pas la prolongation du spectacle, pour notre plus grand plaisir.

 

 

Juin 2009 : Niger, Le coup d’état constitutionnel de Mahamadou Tandja

Quand on parle de coup d’état, de coup d’état de ces 20 dernières années, il est impossible de ne pas parler du Niger plusieurs fois, pas parce que c’est mon pays, mais parce que les putschs sont monnaie courante là-bas. L’événement que je vais aborder est différents des précédents, il ne s’agit pas d’un coup d’état militaire mais d’un coup d’état constitutionnel.

Souvenons-nous, Baré a été éliminé, la junte au pouvoir organise des élections présidentielles quelques mois plus tard. Mamadou Tandja est élu en novembre 1999 et réélu en 2004. La Constitution nigérienne prévoit la limitation à deux mandats présidentiels. En 2010, tout près de la sortie, le président Tandja décide de modifier la Constitution lui garantissant la prolongation de son mandat de 3 ans, le temps d’achever les « grands chantiers » entamés et la possibilité d’être président à vie, en instaurant le mandat illimité. Le Tazartché est né. Tandja « élimine » toutes les institutions politiques se dressant sur son  passage : l’Assemblée nationale est dissoute  suite à son refus et la Cour Constitutionnelle subit la même sentence. Un tour de passe-passe, référendum est organisé et la nouvelle Constitution est adoptée malgré les contestations du peuple et de la communauté internationale.  Fidèle à sa réputation de putschiste,  l’armée nigérienne le renverse en février 2010, une happy-end digne d’un scénario démocratique.

 

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Caricature du coup d’Etat malien

22 mars 2012 : Mali, comment perdre la moitié de son territoire en un coup d’état foireux ?

Les précédents  putschs que j’ai traités avaient au moins la particularité d’avoir un sens qu’on pourrait supposer logique. Celui-ci, à mon humble avis et beaucoup me rejoindront sur ce point, n’a servi mais strictement à RIEN, nada, peanuts. Renverser pour renverser, ce n’est pas très utile surtout quand on voit les conséquences actuelles dans la sous-région.

Le Mali est en proie depuis plusieurs années à une rébellion au Nord de son territoire. La situation a toujours été gérée «  dans la mesure du possible ».  Le Mali possède un atout majeur contrairement à ses pays voisins, celui d’avoir réussir à maintenir une stabilité politique depuis une vingtaine d’années. Le président de l’époque, surnommé ATT, gère la crise du nord qui a connu un fort regain lors de la chute du général Kadhafi en Lybie.  Cependant sa « gestion de la crise » est de plus en plus contestée au sein de son armée. Le tableau dressé est désolant, l’armée subit de lourdes défaites face au MNLA, qui si je ne m’abuse, a trouvé quelques alliés au sein des djihadistes d’AQMI et de ses branches dissidentes (Ansar Dine) . ATT promet de se retirer de la scène politique à la fin de son mandat fixé aux environs d’avril ou de mai 2012. Le capitaine Sanogo ne l’entend pas de cette oreille et le 22 mars 2012, il renverse le président malien. Les arguments avancés sont le manque de moyens déployés pour gérer la crise du Nord, le mécontentement des militaires est à son apogée. Sauf qu’entre temps, la rébellion saisit l’occasion pour avancer son offensive et les villes de Tombouctou, Gao et Kidal tombent sous leur joug. La moitié Nord du Mali est occupé, le Mali est divisé en deux.  On ne peut qu’adresser nos félicitations les plus sincères au capitaine Sanogo pour ce brillant coup d’état d’éclat et lui décerné l’award du coup d’état le plus foireux de l’histoire.

Comme je l’ai précisé au début de mon article, il ne s’agit pas d’une rétrospective complète. Il est évident que de nombreux autres coups d’état mériteraient largement leur place dans la liste : le printemps Arabe par exemple avec la destitution de Ben Ali ou encore celle  Kadhafi. Quand on voit l’état de la situation politique en Tunisie, en Egypte ou encore en Lybie, on peut se demander si le printemps arabe était une bonne chose.  Plus le temps passe et plus je me dis que c’était un soulèvement juste pour se soulever, il n’y avait rien derrière, juste le néant, pas de stratégie politique, juste à exacerber  le désordre interne et renforcer l’effet domino qui impacte les pays voisins.

Il est vrai que je me suis entièrement focalisée sur l’Afrique de l’Ouest mais pas de manière volontaire. J’ai inconsciemment choisi de parler d’eux, peut-être par proximité avec mon pays ou aussi par rapport aux conséquences qu’ils ont provoquées.

Il est vrai que ces coups d’état ont eu des répercussions désastreuses pour certains et encourageantes pour d’autres que je n’ai pas forcément cités.  L’Histoire est ce qu’Elle est, on ne peut que la raconter, pas la changer. Elle témoigne de l’instabilité politique qui règne dans nos différents pays, des guerres de pouvoir qui se mènent les différents protagonistes.

 

Se réconcilier toutes et tous afin de pouvoir avancer :

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Caricature de réconciliation

On est naturellement forcé de déplorer une cruelle absence de justice : des hommes ont été tués et personne n’a été jugé. On a osé parler de « réconciliation nationale » dans certains cas, en amnistiant des meurtriers, appelons un chat, un chat.  Mais comment  se réconcilier si justice n’est pas rendue ?  Les rancœurs continueront à grandir, les instances politiques seront toujours fragilisées par elles, ces éternelles rancœurs.  On a juste l’impression que pour soigner une plaie, un simple pansement est appliqué sans pour autant prodiguer au préalable tous les soins nécessaires afin de panser la plaie et pouvoir  cicatriser pleinement.

Choisir entre une armée forte ou une armée faible ? C’est un difficile dilemme qui se pose. En général, les hommes politiques s’arrangent pour graisser convenablement la patte  des généraux de l’armée, pour ne pas se faire destituer au moindre écart de conduite.  Néanmoins, cela ne permet pas de faire taire la contestation dans les rangs inférieurs et encore moins de la canaliser. Des rébellions se forment et les affrontements battent leur plein. Alors que faut-il faire ? Arroser tous les rangs de l’armée ? A chaque nouvelle élection faut-il craindre un nouveau renversement militaire ?

Ces coups d’états qui n’ont servi à rien, témoignent, au-delà de la fragilité politique africaine, des cruelles faiblesses du régime démocratique et du peu de légitimité, de crédit qui lui est accordé en Afrique. Chacun des groupes d’acteurs en présence pense être le sauveur du peuple. Ces groupes politiques pensent révolutionner leur pays, changer la donne et exhibent juste leur force de contestation. Faut-il légitimer leurs œuvres ? Attendre que la communauté internationale « condamne et ordonne » un retour à une situation démocratique  à coup d’embargo, en fermant le robinet de l’assistance budgétaire  ou en excluant le dit pays des instances internationales ?

Toutes ces questions que je me pose, je n’y ai trouvé pour l’instant aucune  réponse. Je suis très sceptique quant aux mesures mises en place : ceux qui paient au final, c’est le peuple ni plus ni moins.  Les mesures mises en place, les pressions exercées par l’extérieur ont certes eu sur le coup- et en fin de compte- les répercussions attendues mais elles ne sont ps  assez puissantes pour empêcher d’autres renversements.  L’image du pansement et de la plaie prend tout son sens : on met un sparadrap pour couvrir la paie, sans prendre la peine de savoir comment la blessure s’est produite et sans la désinfecter, la nettoyer pour qu’elle puisse cicatriser. Le médecin renvoie le patient avec un simple : « Ça ira mieux normalement demain. Si ce n’est pas le cas, revenez me voir. » La plaie commence à s’infecter et la gangrène commence à s’étendre.

Occuper la magistrature suprême en Afrique, c’est se retrouver sur un siège éjectable dont on peut actionner le bouton d’éjection à tout moment. Mais en fin de compte,  la démocratie ne doit-elle pas passer par ces constantes instabilités pour devenir pérenne ?

Kalatonton

Haria Nyala

Blog : http://laabharia.wordpress.com

Ces coups d’état qui n’ont servi à rien

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