Le 6 août dernier, l’organisation étudiante UECSE, l’U-X pour les intimes, organisa des sits-in dans toutes les grandes villes du royaume pour un “changement du système éducatif” du premier exportateur de phosphate et de cannabis dans le monde.

Au final, peu de revendications claires, une mobilisation limitée (5000 participants selon les organisateurs, 2000 selon la police), un ersatz de programme et de mesures a prendre; mais le plus important n’est pas là. Les organisateurs ont eu l’immense mérite et surtout, le courage, de donner un bon coup de pied dans la fourmilière de ce qui a été selon moi l’échec le plus important du Maroc indépendant, l’éducation et la formation de la nation.

Un gâchis énorme, monumental, incommensurable.

Le Maroc, autrefois centre de savoir et de culture, berceau d’Al Quaraouiyine, la plus ancienne université au monde encore en activité qui illumine la belle ville de Fès, est aujourd’hui en queue de peloton et fait figure d’élève en échec perdu et désabusé.

Ce raté porte un coup dur au pays, à son développement, son image, sa prospérité, sa sécurité et sa stabilité.

Car si la prise en charge d’un élève et d’un étudiant demande beaucoup d’efforts et coute cher a l’Etat, de la construction d’un lycée à la formation des enseignants, qu’en est-il du cout de l’illettrisme, de l’ignorance, de l’incivilité et de l’intolérance?

Militantisme etudiant

Le calcul est simple et l’addition salée: œil pour œil, dent pour dent.

A ceux qui n’ont pas reçu de bulletins scolaires, ceux-ci nous ont retourné la politesse et nous privent de leur bulletin de vote.

A ceux que l’on a privé du bonheur de lire et de s’instruire, de débattre et de réfléchir, certains d’entre eux se transforment en champions de la censure et de l’autodafé, souhaitent interdire les manifestations culturelles et briment les débats organisés par la société civile.

A ceux que l’on a privé de tableaux noirs et de craie blanche, du plaisir délicieux d’intégrer une file indienne en attendant sagement, la main dans la main de son binôme, d’entrer en classe, bon nombre galèrent, mendient, volent ou deviennent les apostats convertis malgré eux à la pire des religions, le nihilisme.

On dit souvent qu’un homme averti en vaut deux”, j’ajouterais “un homme instruit apporte à son pays plus que deux”.

Quelques chiffres et un palmarès amer dont on se passerait bien et qui font froid dans le dos: près d’une personne sur 2 ne sait ni lire ni écrire au Maroc, le taux de réussite au bac est ridiculement bas, 50%, dont un quart est obtenu lors de la session de “rattrapage des statistiques calamiteuses” de l’éducation nationale. Le Maroc était classé en 2008 à la 126ème place, sur 177 recensés au total, dans l’Indice de Développement Humain (IDH).

Qui dit mieux?

Cela ne vous choque pas chers amis? Vous ne sentez toujours pas l’odeur nauséabonde causée par la putréfaction avancée de notre système éducatif?

Passons maintenant à la vitesse supérieure. Ouvrez bien grand vos yeux et vos pupilles:

Sur 100 élèves à l’école primaire, seulement 13 obtiennent le baccalauréat, dont 10 après avoir redoublé au moins une fois.

Echec et mat. Echec al sat…

Le Maroc fait ainsi partie des derniers de la classe dans le Maghreb et le monde arabe. Soyons précis: 11ème sur 14 dans la région MENA d’après un rapport de la Banque Mondiale, précédant d’un double-décimètre le Yémen, le Djibouti et l’Irak, des références mondiales reconnus pour la qualité de leur système éducatif. Le Maroc réussit tout de même à décrocher la dernière place en sciences et en mathématiques. Les bons comptes font les bons amis.

Ne jetons pas le bébé marocain avec l’eau du hammam. C’est vrai, le taux de scolarisation à l’école primaire a beaucoup augmenté ces dernières années pour atteindre près de 90% en 2010. Mais c’est une bien maigre consolation. Ceci n’est bien que peu de choses (Aparté: ” ô mon ami la rose…”), qu’un préalable à l’édification d’un système fort et efficace.

L’enrôlement est une chose, la formation sur le long terme en est une autre, bien plus difficile et ô combien plus utile.

UESCE

UESCE

Alors pourquoi, comment en est-on arrivé là?
Diagnostic non exhaustif en quelques mots des maux qui touchent l’éducation nationale et l’enseignement supérieur:

– Des professeurs démotivés et désabusés, payés au lance-pierres, formés comme l’étaient leurs bisaïeuls, le volet pédagogique laissé aux oubliettes.

– Un programme pédagogique lourd et souvent indigeste, très peu de place accordé à la création, au développement personnel. Une charge horaire importante qui pèse sur les frêles épaules des élèves marocains, la sélection se faisant sur la capacité à mémoriser et le nombre d’heures passées à réviser ses gammes.

– Une arabisation (obligatoire à mon sens) de l’enseignement forcée au début des années 60 et une francisation partielle et superficielle d’une partie du programme.

– Inadéquation entre l’offre et la demande de diplômés. Les secteurs porteurs et pourvoyeurs d’emplois sont en stress de ressources vs. des bataillons de diplômes-chômeurs issus de filières en déliquescence et qui n’offrent que peu de débouchés.

– La structure démographique du Maroc, nation jeune s’il en est, puisque près de 50% de la population a moins de 25 ans, issue d’un accroissement rapide de la population post-indépendance, le fameux “Moumou Boom”. Cela fait des millions d’étudiants à qui il faut offrir des écoles, lycées, universités, programmes et curricula de qualité, surveillants, enseignants, formateurs, directeurs, recteurs…

– Un problème d’engagement politique: rarement l’éducation aura été érigée en priorité nationale.

– Un problème de crédibilité et de confiance: comment les étudiants marocains peuvent-ils croire et s’investir pour réussir leur scolarité lorsque l’ascenseur social est en panne et que les étudiants les plus brillants ne peuvent accéder aux meilleurs écoles, par manque de moyens ou de pistons, ni aux meilleurs postes.

Etc etc.

Le bilan est lourd, l’enjeu primordial. Et pourtant, en ce qui concerne l’éducation des marocains, les autorités compétentes, sans avoir tous les pouvoirs, ont tous les devoirs.

Affaire à suivre

par Othmane Douiri

De l’éducation de la Nation Marocaine: matière grasse contre matière grise

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