La semaine dernière, un élément est passé presque inaperçu. Le fantasque capitaine Dadis Camara a fait son retour en Guinée. Lorsque j’ai lu cette information, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en repensant à ces fameux «Dadis Show». En parlant de lui, voilà une lettre manuscrite qui lui serait parvenu ses derniers jours.

«Cher ami,

J’espère que tu te portes bien depuis notre dernière rencontre à Ougadougou.

Je pense qu’il ne t’aura pas échappé que nous avons un nouveau membre dans notre club. Le petit Michel me plait bien, il vient de loin. C’est un petit villageois qui a du panache et qui a quand même fait ses classes au Darfour. Le pauvre, comment s’amuse-t-on dans ce bout de désert?

Et puis, tu vois ce qu’il se passe en France? Un ministre du budget qui fait de l’évasion fiscale. Pourront-ils nous reprocher nos biens dans leurs pays? En ce qui me concerne c’est tout tranché, je ne les laisserai plus m’enquiquiner avec leurs histoires de biens mal acquis. Qu’ils balayent devant leur porte.

J’en serais autrement plus ravi si mon autorité n’était pas malmenée ici.

Même parmi mes proches, les voix contre moi se font de plus en plus nombreuses et elles laissent entendre qu’il faudrait des reformes structurelles. On me demande de ne plus être un acteur à part entière mais de déléguer, de coordonner. Mon conseiller juridique m’a même demandé de favoriser une constitution dans laquelle je serais au dessus de la mêlée.

Rassure toi, je l’ai fait exécuter. Je ne suis pas dupe, ils avaient déjà fait le coup au leopard.

Dans la même lignée, le conseiller social est venu avec des idées également farfelues. Il m’a fait savoir lors d’une réunion que l’élitisme ne me sera jamais reproché si je permets à la population de rêver d’un avenir meilleur. Il a rajouté que, poussé par cet espoir ils deviendraient plus créatifs et feraient preuve d’un esprit entrepreneurial. Balivernes! Poussé par cet esprit ils pourraient imaginer un avenir sans moi.

Celui là a écopé de 60 ans d’emprisonnement.

Le dernier en date, c’est mon directeur de cabinet. Il y a quelques jours, il est venu me dire – chiffres et graphiques à l’appui – que, vu notre pyramide d’âge, nous devions axer notre politique sur les jeunes. En plus de rendre l’école efficace je devrais mettre en place des solutions accessibles et dynamiques. Figure toi qu’il a osé me demander de lever l’interdiction de réunion pour accorder la liberté de former des associations et des syndicats. D’après lui je pourrais ainsi dénicher de jeunes talents qui vont nous apporter de l’innovation. Cela fait trente ans que j’anéantis tout mes successeurs potentiels et ce «dircab» vient me dire qu’il faudrait les promouvoir? Quelle audace!

Fort heureusement, il a disparu hier soir.

Comme je n’ai plus de collaborateurs, mon épouse aussi s’y est mise. Elle me disait que plus personne ne voudra travailler avec moi car «toute vie humaine est une vie et qu’une vie ne vaut pas mieux qu’une autre vie». 

Mais où a-t-elle pêché ça?

Qu’importe! avec l’argent du pétrole je paye très bien et les candidatures afflues déjà. Certains font déjà la queue au moment où je t’écris ces lignes.

Bien à toi,»*

En y repensant, j’ai bien souri en repensant au «Dadis Show». De ces sourires que l’on a en repensant à des événements amères auquels nous aimerions n’avoir jamais assisté.

*Lettre fictive  

Boniface Duval

E-mail : [email protected]

Twitter : @BonifaceDuval

 

 

Citation

«• 1 Respect d’une vie : Toute vie humaine est une vie. Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre mais une vie n’est pas plus ancienne, plus respectable qu’une autre vie. De même qu’une vie ne vaut pas mieux qu’une autre vie.
• 2 Réparation des torts : Toute vie étant une vie, tout tort causé à une autre vie exige réparation. Par conséquent, que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause de tort à son prochain, que nul ne martyrise son semblable.
• 3 L’esprit de famille et l’importance de l’éducation : Que chacun veille sur son prochain, que chacun vénère ses géniteurs, que chacun éduque ses enfants, que chacun pourvoie aux besoins des membres de sa famille.
• 4 La patrie : Que chacun veille sur la terre de ses pères (…) car tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface connaîtrait le déclin et la désolation.
• 5 Bannir la servitude et la famine : La faim n’est pas une bonne chose, l’esclavage non plus n’est pas bonne chose. Il n’y a pire calamité que ces choses-là, dans ce bas monde. Tant que nous disposerons du carquois et de l’arc, la famine ne tuera personne dans le Manden (…), la guerre ne détruira plus jamais les villages pour y prélever des esclaves. C’est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable, pour aller le vendre ; personne ne sera non plus battu au Mandé a fortiori mis à mort, parce qu’il est fils d’esclave.
• 6 Rejet de la guerre : L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour d’un mur à l’autre du Mandé. Les razzias sont bannies à compter de ce jour au Mandé, les tourments nés de ces horreurs disparaîtront à partir de ce jour au Mandé. Quelle épreuve que le tourment ! surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours. L’esclave ne jouit d’aucune considération, nulle part dans le monde.
• 7. La liberté d’agir, de parler : L’homme en tant qu’individu, fait d’os et de chair, de moelle et de nerfs, de peau recouverte de poils et de cheveux, se nourrit d’aliments et de boissons. Mais son « âme », son esprit vit de trois choses : Voir qui il a envie de voir, Dire ce qu’il a envie de dire et faire ce qu’il a envie de faire. Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine, elle en souffrirait et s’étiolerait sûrement. »

La Charte Mandingue.  Promulguée par Soudjata Keita en 1222

Grand Angle : L’épisode précèdent

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