Ouvert en grande pompe – au bas mot du 44-45 – le jeudi 1er décembre 2011 à Casablanca, le Morocco Mall fait beaucoup parler de lui. Et déjà, mes compatriotes, tous diplômés dès la naissance d’un doctorat de Radotage – Tberguigue Classique, y trouvent quelque chose à redire, cherchant des poux dans les cheveux de l’impeccable brushing de Mme Akhennouch, la porteuse du projet.

« Mall-heur » à qui dirait sa fierté de voir le plus grand centre commercial d’Afrique dans notre belle mais bien trop souvent amorphe ville de Casablanca.

« Mall-heur » à qui bénirait en ces temps difficiles la création de 21000 emplois indirects et donc le coup de pouce bienvenu à des dizaines de milliers de familles.

« Mall-heur » à qui saluerait l’esprit d’initiative, la prise de risque et une parfaite maîtrise du projet reconnus par tous les professionnels de la Soussia la plus connue du Royaume et de son ministre de mari.

Le Morocco Mall, c’est un investissement de 2 milliards de dirhams , un chantier pharaonique qui a duré plus de 4 ans et un véritable succès commercial avec une offre impressionnante des plus grandes franchises des quatre coins de la planète qui font passer le Ghandi Mall, O’Galleries et le Twin Center  pour des seconds couteaux. Cependant, j’en suis convaincu, il est synonyme d’une mort commerciale assurée pour ces derniers et pour un nombre important de centres commerciaux de plus petite taille.

Salwa Akhannouch, présidente d'Aksal lors de l'inauguration de la Fnac - Source : Fnac

Salwa Akhannouch, présidente d’Aksal lors de l’inauguration de la Fnac – Source : Fnac

Car s’il est vrai que le Morocco Mall a ouvert avec 2 mois de retard sur le planning initial – une performance au Maroc – toutes les personnes ayant franchi la porte de ce temple du consumérisme le reconnaissent en chœur : le résultat est là, « l’effet Wow » aussi et, détail important, les éternelles insatisfaites des quartiers chics d’Anfa ou de Californie sont tombées sous le charme de ce « vaisseau spatial » du capitalisme moderne arrimé à la plage de Sidi Abderrahmane, n’hésitant pas , pour un certain nombre, à y acheter des locaux et se lancer dans les affaires. De quoi les occuper.

Aussi, et c’est ce qui m’a hérissé les poils d’une barbe naissante et poussé à écrire cet article, un nombre important de nos concitoyens sont choqués par la présence d’un certain nombre d’articles de luxe au Morocco Mall et par le « coût exorbitant » du projet car « l’argent aurait mieux servi à construire des écoles ou des hôpitaux ». Ils sont choqués que l’on propose au Maroc des costumes ou des sacs à des prix représentants une ou plusieurs années de salaires de Smicards marocains. Ils vont jusqu’à annoncer un esprit d’apartheid, un choc des classes et même « une source de frustration et d’humiliation pour la majorité des marocains ».

Mes amis, ouvrez bien grand vos narines. Encore plus grand. Ne sentez-vous pas le doux parfum de démagogie que véhiculent ces propos ? Je veux y répondre.

Un certain nombre de personnes critiquent ce projet car ils sont critiques par nature, – « à la Eric Zemmour »- de faux polémistes, de la couleur du ciel aux résultats des élections, ils sont contre par réflexe conditionné et pour se donner une posture intellectuelle originale « d’amis du peuple ». Ne perdons pas notre temps là-dessus.

Coupole centrale du "Marocco Mall"

Coupole centrale du “Marocco Mall”

Il serait niais de croire que les marocains découvrent seulement aujourd’hui avec le Morocco Mall l’existence d’articles de luxe. La frustration existe depuis un certain temps déjà. Ils le voient tous les jours, dans la rue, le nombre de voitures de luxes roulant dans les rues de Casablanca est là pour le leur rappeler. Aussi, les marocains, très connectés à Internet et à la télévision, connaissent la valeur de ces articles. La différence entre une personne pauvre au Maroc aujourd’hui et dans les années 70, c’est que de nos jours, celle-ci sait à quel point elle est mal lotie et connaît le fossé gigantesque qui le sépare de la bourgeoisie.

Doit-on, sous prétexte que le Maroc est un pays pauvre, empêcher à des investisseurs privés qui ont pris un risque financier important de proposer des articles de luxe et permettre à ceux qui en ont les moyens de se les procurer ? Qu’en est-il des touristes, des riches moyen-orientaux qui passent leurs vacances au Maroc et qui, au lieu de dépenser des sommes à la limite du supportable dans la débauche et les cabarets orientaux, iraient acheter des articles de luxe au Morocco Mall et ainsi par l’intermédiaire de la TVA remplir les caisses de l’Etat ?

C’est un fait, le Maroc est un pays divisé en 2, un pays à deux vitesses. La majorité est en première dans une vieille Fiat Uno, en sur-régime et à bout de souffle, tandis qu’une minorité, qui détient l’essentiel des richesses et du pouvoir, roule en cinquième dans une belle berline allemande.

Nous devons régler le problème des redistributions des richesses au Maroc et combler le fossé qui sépare ces deux blocs.

Mais ce n’est pas le rôle d’investisseurs privés comme le groupe Aksal de s’en charger. C’est le rôle du gouvernement. Aksal recherche, dans son bon droit, la rentabilité. Il va sans dire – mais il va mieux en le disant – que les marges des articles de luxe atteignent allègrement des milliers de pourcents, Morocco Mall a donc tout intérêt à les proposer. Cet investissement de 2 milliards, ce sont les groupes Aksal et Nesk qui l’ont financé, non le contribuable. Ils sont donc libres, dans un système économique ouvert d’investir là où bon leur semble et de la façon dont ils pensent être la meilleure pour eux.

Affaire à suivre.

par Othman Douiri

Du Morocco Mall : Réflexions autour d’une success story marocaine et de l’illusion d’un pseudo choc des classes.

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