La couverture du journal Maroc Hebdo titrant de façon sensationnaliste et pathétique « Le Péril Noir » en désignant l’immigration sub-saharienne a suscité ici et là quelques timides réactions au sein de la société civile – des vaguelettes, rien de plus – sans jamais créer de véritable prise de conscience ni débat de fond. 

La « Une » a toutefois eu le mérite de mettre sur la table un phénomène largement répandu dans une société en mal de repères identitaires et, chemin faisant, de tordre le cou à l’une des croyances populaires les plus ancrées dans le pays du soleil couchant, la légendaire « hospitalité marocaine ». Comme partout ailleurs, il n’y a pas un racisme mais bien des racismes au Maroc : apartheid social entretenu à grand frais par la bourgeoisie, antisémitisme, mépris réciproque des personnes d’origine arabe et berbère, « hostilité fraternelle » envers nos voisins de l’Est et j’en passe des « noires et des pas mûres »… L‘intolérance s’installe tranquillement et de manière préoccupante dans notre société de castes, personne ne semblant « broyer du noir » pour l’occasion (jeu de mots, je le confesse, tout à fait déplacé…). Le racisme à la marocaine n’est absolument pas institutionnalisé, il n’en est donc que plus pernicieux. Oublié des médias, délaissé par la société civile, il y a pourtant urgence à se pencher sérieusement et sans complaisance sur ce sujet grave pour mieux le comprendre et le combattre.

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La une de Maroc Hebdo

Mais comment en est-on arrivé là ? Comment le Maroc, pays à l’identité plurielle, confluent des civilisations et carrefour multiséculaire du Proche-Orient, de l’Afrique et de l’Europe a-t-il progressivement glissé vers l’intolérance et la xénophobie ?

Ceci m’interpelle d’autant plus que le racisme au Maroc souffre, au-delà de son caractère immoral, d’une triple aberration :

1) Une aberration identitaire et morale :

Le Maroc est, non sans mal, une véritable mosaïque, un patchwork de couleurs de peau, de morphologies et d’intelligences. Cette diversité est l’origine même de sa richesse culturelle et identitaire. Cependant, cette richesse peut vite se transformer en maladie dans un environnement de violence et de servilité comme celui prévalant dans le Maroc du 20ème siècle. « Blad schizophrène » chantaient les Hoba Hoba Spirit, je ne peux qu’y souscrire. Cette aberration est d’autant plus choquante que le préambule de la nouvelle Constitution est on ne peut plus clair quant à l’identité plurielle du Royaume : « Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ». CQFD

2) Une aberration spirituelle :

Le racisme anti-Noir est, « de but en blanc », en totale contradiction avec l’islam. Il n’existe ainsi aucune supériorité – ni sur le plan social, ni auprès de Dieu – qui reviendrait à l’individu musulman arabe sur l’individu musulman non-arabe. Le Prophète Mohamed a ainsi dit (rapporté par Ahmad) : « O les hommes ! Celui que vous adorez est un, et votre père est un. Pas de supériorité à un Arabe sur un non-Arabe, ni à un non-Arabe sur un Arabe, ni à un blanc sur un noir, ni à un noir sur un blanc. La seule supériorité qui compte [auprès de Dieu] est celle de la piété. Ai-je transmis le message ? » . Il va sans dire, mais il va mieux en le disant, qu’au sein de la population musulmane, la Oumma, seuls 20% sont d’origine arabe tandis que 60% des musulmans sont asiatiques et 15% d’Afrique sub-saharienne.

3) Une aberration économique :

Que ce soit dans les ministères ou dans les directions stratégiques des entreprises, petites ou grandes d’ailleurs, on retrouve en tous lieux le même son de cloche : Cap sur l’Afrique ! Les exemples ne manquent pas, de Maroc Telecom à Managem en passant par Attijariwafa, toutes n’ont d’yeux que pour l’Afrique, le continent se voulant être un formidable relais de croissance pour nos champions nationaux.

D’autre part, nous ne pouvons ignorer une réalité hélas mal comprise par un très grand nombre : les immigrés africains d’aujourd’hui sont, pour beaucoup, les ambassadeurs du Maroc de demain. Ils sont des milliers à vivre et à étudier dans les grandes villes du pays et seront les principaux vecteurs d’échanges commerciaux et de coopération entre le Royaume et leur pays d’origine. Ayant vécu en Afrique francophone plus de 6 mois sur les 12 derniers, je pense pouvoir témoigner des liens historiques encore très vivaces et de la profonde bienveillance et estime que portent nos frères africains à notre pays.

Une fois de plus, nous en revenons à la défaillance de l’Education de la Nation marocaine quant à la transmission de ce socle de connaissances et de savoir-vivre en communauté dont nous souffrons cruellement. Il ne reste plus qu’à souhaiter à notre pays le même succès pour l’Education que celui accompli dans la mise à disposition d’eau et d’électricité pour tous ses enfants : c’est le vrai challenge du siècle prochain.


Affaire à suivre

 

Othmane Douiri

 

Du racisme au Maroc : de la honte à l’aberration socio-économique

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