Le 10 Mai.

Après de longues tractations, c’est finalement cette date qui a été retenue pour devenir le jour de la commémoration de l’esclavage en France.

L’ironie est que cette date ne représente aucun événement majeur dans l’Histoire de la traite négrière puisqu’elle a été choisi en référence au 10 mai 2001, jour de l’adoption en dernière lecture par le Sénat de la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Voilà que depuis 8 ans, mai est labelisé «mois du souvenir».

Souvenir, le mot fait appel à plusieurs notions qui ne sont pas anodines. La plus importante d’entre elles est sans doute celle de la mémoire.

S’il est inutile de rappeler qu’il n’y a pas de version universelle de l’histoire de l’esclavage, nous pouvons tout de même nous demander ce que la jeunesse retient de cette histoire.

Trop souvent, l’inconscient collectif veut que l’esclavage soit une histoire exclusive. Tous les peuples auraient leur vision de ce fait historique et les oppositions sont nombreuses. Les africains pointent du doigt les européens en les taxant d’esclavagistes, les antillais pointent du doigt les africains en les qualifiant de traitres, j’en passe et des meilleurs.

Il semblerait que la seule chose qui intéresse les individus est de trouver une réponse aux questions «Qui est coupable? Qui est victime?».

Encore cette bonne vieille vision manichéenne qui voudrait qu’il y ait le camps des méchants et le camps des gentils.

A vrai dire, l’Histoire est plus complexe. Nous avons tous notre part de culpabilité et nous sommes tous en quelques sortes des victimes. Les angles de vues et l’implication différent évidement, néanmoins aucun peuple n’a l’exclusivité de la souffrance de cette atrocité.

«Construire un avenir pour mieux vivre le passé»

La mémoire est importante, sans ça nous ne serions que des âmes errantes dans notre époque. Toutefois, lui donner trop d’importance ferait de nous des prisonniers du période qui n’est pas la notre. Trop souvent cet aspect nourri les rancoeurs et annihile la capacité à inventer un avenir apaisé.

Il me semble utile de développer deux perspectives qui permettraient d’atteindre ce niveau d’apaisement.

D’une part, l’éducation doit être au coeur de la démarche. Non pas une éducation accusatrice qui cherche à définir quelle part de culpabilité aurait chaque civilisation mais une éducation constructive qui remettrait dans le contexte les responsabilités de chaque acteur. En d’autres mots, les sociétés occidentales du XVème au XIXème siècle étaient majoritairement raciste et racialiste. Elles ont posé des actes ignobles, le code noir ou les travaux du comte de Gobineau nous le rappellent chaque jour. Cependant, à la même époque, les sociétés africaines était esclavagistes. C’est à ce titre que les différents rois ont autorisé l’échange et la capture d’Hommes dans leurs territoires.

Après l’éducation, il est impératif d’avoir une appropriation pour chacun et la création d’une mémoire collective. J’ose dire que dans un monde où les idées des droits de l’Homme ont fait leur chemin nous pouvons trouver des héros commun de la lutte contre l’esclavage. Des figures qui n’opposent pas mais qui rassemble comme N.Mandela est une figure de la lutte contre l’apartheid ou M.L.King celle du militantisme des droits civiques aux Etats-Unis. Pourquoi Toussaint l’Ouverture, Harriet Tubman ou Victor Shoelsher ne seraient pas des figures communes?

Car elle est évolutive, chaque jour nous devons forger la mémoire présente et future. Evidemment, la jeunesse est aux avant-postes dans cette bataille contre l’oublie, pour la sérénité. A nous de prendre ce combat à bras le corps pour être acteur à part entière de l’Histoire, notre Histoire.

Boniface Duval

E-mail : [email protected]

Twitter : @BonifaceDuval

 

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Esclavage, construire un avenir pour mieux vivre le passé

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