Cette chronique relatera des faits que j’ai vus, vécus ou entendus qui m’ont touchée ou marquée et que je juge pertinent de partager parce qu’ils ont fait et continuent de faire de moi « une jeune étudiante africaine à Paris ». Ce sera une sorte de journal sur ma vie en France, journal qui ne se veut ni insultant, ni divulgateur de secret, ni méprisant et qui aurait pu être tenu par toutes les personnes qui sont dans la même situation que moi.

Cela fait 5 ans que je vis et étudie en France. Je suis née et ai grandi dans une capitale d’Afrique de l’ouest où j’ai obtenu mon baccalauréat avant d’atterrir dans ce que j’appelle « la jungle ».

 Le jour de mon départ, tantes, oncles, cousins, cousines et quelques amis se sont retrouvés chez mes parents pour me faire leurs dernières recommandations et me donner leurs bénédictions.

Ce jour-là, on a mangé, bu, rigolé. En y repensant, je ne pense pas qu’on fêtait mon départ mais nous faisions juste ce que l’africain aime par-dessus tout: se retrouver en famille autour d’un bon repas pour causer, rire et danser.

Quand la maison s’est vidée, mes parents m’ont «convoquée» pour d’ultimes conseils. J’entends encore ma mère me dire «Là où tu vas, tu ne seras pas chez toi. Je ne serai pas là, ton père ne sera pas là. Ma fille, prie beaucoup, respecte les règles, respecte les gens et respecte toi. Tu pars te former et apprendre alors comporte toi comme quelqu’un qui demande et sois humble. Tu vas chercher des diplômes mais tu vas aussi apprendre à t’endurcir, à te débrouiller seule. N’oublie pas que ton premier mari sera le travail que tu auras. »Et l’unique phrase de mon père qui a en horreur les discours inutiles «Fais ce pour quoi tu pars, fais le bien et ne fais que ça». Inutile de dire que du haut de mes dix-neuf ans ces mots n’avaient pas le même sens qu’ils ont aujourd’hui.

J’étais triste de partir parce que je laissais derrière moi ma famille, ma maison, mes habitudes et tout ce qui faisait ma vie. Les pleurs de ma sœur avaient fini de m’achever et c’est sans y croire que je lui ai dit « De toutes façons y’a le téléphone, y’a Skype (je n’avais pas encore Facebook, Twitter etc.) donc on pourra se parler tous les jours ! »

Il faut avouer que j’étais aussi très excitée à l’idée de changer de ville et de vivre seule. Je savais que je faisais partie des privilégiés, des chanceux et je voulais en profiter.

Le 2 septembre 2007, mon avion a atterri à CDG et j’ai posé les pieds sur le sol français, cette fois ci pour une raison autre que des vacances.

Seule sous la pluie, je me suis rendue compte les larmes aux yeux que j’allais devenir une étudiante africaine vivant en occident. Je n’avais aucunement imaginé toutes les joies mais aussi toutes les difficultés que j’allais traverser, toutes les personnes que j’allais rencontrer, toutes les larmes que j’allais verser, tous les diplômes que j’allais obtenir ou pas, les désillusions, les leçons que j’allais tirer sinon je pense que j’aurais repris l’avion aussitôt.

Avec du recul, je pense que ce jour de septembre, le destin est passé par la…

Mlle T.

E-mail : [email protected] 

Twitter : @missytari

Et le destin passa par là…

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