Lorsqu’on lui demande de nous relater son parcours scolaire, c’est tout gentiment qu’il nous propose de nous intéresser à ce qui pour lui le définit encore mieux que  diplômes  et parchemins, à savoir qui est Gilles ATAYI et d’où vient-il.

Et c’est vrai, l’histoire de ce qui pourrait s’apparenter à une success-story, vaut le détour.  Né à Dakar et marié à une Sénégalaise, notre invité du jour naquit d’une mère Béninoise et d’un père Togolais, avant d’opter pour la nationalité Ivoirienne. De ces 4 pays impossible de lui soutirer une préférence, l’homme dit être chez lui aussi bien à Lomé qu’à Dakar, Cotonou, Abidjan. A 51 ans, s’il n’a aucun mal à se décrire comme un homme « heureux » et « épanoui », c’est qu’outre sa réussite personnelle en milieu scolaire et ensuite dans les affaires, Gilles ATAYI semble se satisfaire du devenir de ses enfants et de son équilibre familial.

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce d’Abidjan, à une époque où selon-lui, les études en Afrique étaient de bien meilleure qualité que celles proposées aujourd’hui, notre hôte se dit « peu fier d’avoir dû envoyer » sa progéniture en Europe.

Faisant le pari de ce qu’il pourrait intéresser les décideurs Africains aux enjeux de l’éducation de la jeunesse Africaine en Afrique, Gilles Atayi qui en a fait un combat personnel, fustige l’égoïsme des élites trop enclines à faire fuir leurs enfants sitôt le Bac en poche, voire avant.

Après un bref passage par HEC Paris, le jeune Diplômé de l’ESCA (22 ans) embrasse alors une carrière toute aussi longue (22 ans) dans le monde de l’entreprise : Coca Cola (11 ans) Celtel (4 ans) etc…

Gilles Atayi

Gilles Atayi

En 2007,  après une aussi longue carrière, il décide de s’installer en Afrique du Sud et de s’installer à son propre compte, en lançant une, puis deux entreprises. Heureux en affaires, ce patron qui a depuis sillonné toute l’Afrique, offre une vision nuancée de l’environnement économique Africain : « La bonne nouvelle c’est qu’il y a un potentiel en ressources humaines incroyable en termes d’innovation, de créativité et d’intelligence dans de nombreuses entreprises implantées en Afrique. Malheureusement le défi principal demeure encore de canaliser ces atouts, car il y a trop de frustrations dans nos entreprises, Il y a un déficit de planification et une organisation de travail en « silos » trop résistants, qui favorisent des comportements de « chefferie » … Peu d’employés savent quel est leur rôle dans l’entreprise, pourtant c’est un réel facteur de croissance endogène. S’il refuse d’accabler les seuls managers, il laisse entrevoir qu’une répartition plus inclusive des responsabilités, permettrait d’accroitre le degré d’investissement des opérateurs et cadres, et à susciter la naissance de modèles d’inspiration, dans le monde du travail.

Qu’il y ait des différences dans la manière d’aborder le travail, d’un point à un autre de l’Afrique, il n’en fait pas mystère car « c’est vrai, un des nombreux héritages de la balkanisation de l’Afrique fut de marquer  de la philosophie Anglo-saxonne nos aires culturelles et vice versa pour les Francophones. Conséquence, les Anglophones sur le Continent semblent être plus enclins à l’entreprenariat et aux projets d’auto-emploi, tandis que les Francophones semblent accorder une place plus importante aux diplômes et  un certain prestige à l’administration… Toutefois ces différences s’aplanissent au fil du temps, et il me semble qu’un vent nouveau souffle sur cette jeune arrière garde Africaine, qui bientôt, si ce n’est pas déjà le cas parlera le même langage, sans dénaturer leurs identités nationales»

Corroborant un dicton bien connu qui dit que « celui qui est assis, ne voit pas la même chose que celui qui est debout », Gilles Atayi  pense que le développement de l’Afrique passera par la conviction personnelle de tout un chacun de ce que son savoir-faire et sa vision, peuvent être additionnés. Selon lui, tous, nous serions des leaders d’opinion en « puissance », qui indépendamment de l’étendue de nos aires respectives d’influence, participons à inspirer par nos actes, paroles et silences, d’autres personnes. Citant la mère seule qui parvint à élever ses enfants, comme étant un modèle d’abnégation pour les jeunes cadres et patrons d’entreprise, il assure que toute vie doit être productive pour les autres.

Poussé par la soif de laisser une trace et d’inspirer ce qui lui a été inspiré, Gilles Atayi  fit un jour le choix de démissionner de son poste confortable de directeur, pour « donner vie à un projet, qu’il verrait grandir ». Avide de donner du sens à ses actions, l’homme choisit  de poursuivre ses ambitions de développement, en laissant libre cours à ses passions, et crée le groupe G&A (G&A Business Solutions et G&A Go Afriques). Son nouveau job, il le dédie à ceux qui dans leur milieu laboral ou désireux d’épanouissement en entreprise, éprouvent des difficultés. Le credo est alors qu’il « ne sert à rien de semer du bon grain sur une terre aride, mais qu’il vaut mieux d’abord fertiliser cette terre », Et pour ce faire, séminaires et conférences doivent amener la cible à « penser différemment, réaliser l’étendue de ses pleines capacités, pour se responsabiliser et devenir un modèle d’inspiration dans son environnement ».

Au sortir d’une expérience empirique menée auprès de 447 personnes dans une vingtaine de pays Africains au sud du Sahara, l’équipe de Gilles Atayi a conclu que façonner un leader, était de faire ressortir chez lui 6 compétences majeures suivantes: « Vision, Courage et Caractère, Intégrité, Capacité Technique, Esprit d’Equipe et Communication ».

Gilles Atayi pendant un séminaire de formation pour les cadres

Gilles Atayi pendant un séminaire de formation pour les cadres de Sanofi

Il se refuse  à parler de « formation », c’est qu’il lui préfère c’est le concept de « transformation », car loin de se cantonner à un simple outillage théorique, il met l’accent sur la finalité bien pratique, des techniques dispensées. Une ambition parfois bien difficile si l’on en croit le praticien qui atteste de ce que parfois « l’entreprise cliente bien qu’enthousiaste au départ, peut rapidement devenir frileuse lorsqu’elle mesure que notre job consiste parfois à dire aux employés des vérités qui sont susceptibles d’introduire des changements auxquels, elles ne sont pas préparées. Comprenez bien que le processus auquel nous soumettons les travailleurs doit conduire à leur ouvrir l’esprit sur leur rôle, leurs qualités et sur leurs taches ».

Lorsqu’on le félicite de son succès (présent dans 25 pays), notre hôte qui a le triomphe modeste aime à rappeler que son implantation géographique est tributaire des ramifications de ses deux plus gros clients. Le vrai succès, il le rêve ailleurs que dans sa seule réussite dans le privé. Il veut réformer l’approche du management  public et faire profiter les jeunes de son expérience. Pour créer plus d’emplois, il faut rénover les systèmes scolaires nous dit-il, briser le complexe du diplôme pour embrasser un système éducatif non plus tourné vers la seule acquisition des connaissances, mais vers la création de vocations, en multipliant l’offre des enseignements techniques, et en redonnant une valeur aux métiers de toutes sortes, car comme il aime à le rappeler « il faut de tout pour créer un monde ». Pour convaincre, il relate l’histoire d’un jeune sénégalais dont les parents s’endettèrent de longues années pour lui financer des études aux Etats Unis, qui au terme de celles-ci, n’avait pu s’empêcher de regretter que ces sommes ne lui aient pas été remises en main propre, car disait-il, il les aurait investies dans une activité économique et aurait créé des emplois.

Gilles Atayi à la tribune de l'Union africaine lors d'une conférence du NEPAD

Gilles Atayi à la tribune de l’Union africaine lors d’une conférence du NEPAD

L’esprit d’entreprise, est une valeur qu’il voudrait voir incorporer dans les chartes scolaires, pour stimuler la prise de risque et à terme redonner leur place à l’artisanat et aux métiers techniques trop souvent dévalorisés par la mentalité collective. L’Afrique  a surtout besoin d’une étroite collaboration entre les secteurs public et privé, et la société civile. Si aujourd’hui l’on en est réduit à importer de la main d’œuvre étrangère, c’est que nos facultés universitaires sont devenues dit-il, des « garderies d’adultes » où les parents et le système ont laissé des jeunes sacrifier des années durant, leur temps à apprendre des connaissances impropres à la réalité des attentes du marché du travail. Allant plus loin, il pense qu’il faille promouvoir une Afrique où les étudiants soient dépolitisés et davantage respectés.  Pour cela, le manque de planification stratégique qu’il décrit comme, la raison  majeure du chômage en Afrique, doit être combattu en mettant fin aux affaires des décideurs « compétents » et ayant fait la preuve de parcours « brillants ». Le rêve de notre « agitateur de consciences », est qu’un jour,   dans chaque pays, naisse un forum où toutes les composantes puissent définir une réflexion porteuse sur le sens du civisme et du rôle que l’on entend faire jouer la jeunesse à l’accomplissement des objectifs stratégiques de développement du continent.

Se faisant l’écho de Mère Theresa qui aurait dit que « si chacun balayait devant sa porte, le monde serait sans doute plus propre », Gilles Atayi  veut que l’on se souvienne de lui comme d’un  homme qui aura fait sa part : oui, pour changer les choses, il a choisi  de « transformer » les hommes qui les font.

Propos recueillis par Boniface Duval et d’Artagnan

Article rédigé par d’Artagnan

email : [email protected]

Gilles Atayi, le panafricain artisan de la transformation de l’Afrique

2 Comments

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>