Le samedi qui a suivi la rentrée j’ai décidé de sortir pour me défouler un peu (mais surtout parce que j’aime m’amuser et que ça aussi ça me manquait)… Je connaissais deux/trois personnes à Paris même si la majeure partie de mes amis d’enfance étaient (et sont toujours pour la plupart) en Province. Ca me fait bizarre d’employer le mot “province” parce qu’aujourd’hui encore je ne m’estime pas “parisienne” même si j’ai fini par maitriser le parlé parisien. Au pays on appelait ça le chocobi

Vendredi, j’ai appelé l’amie d’un cousin, une adepte du show et des boites de nuit, cool et sans prise de tête. Je l’avais rencontré à une soirée organisée l’été précédent grâce à ce même cousin. Chaque sortie avec elle fut inoubliable…

Astou est installée ici depuis déjà deux ans et à l’entendre parler elle a fini avec Paris!

Je lui ai donc dis que je suis arrivée et j’en ai profité pour lui demander son programme pour le lendemain… Astou avait l’air contente de m’entendre même si elle avait aussi l’air très pressée.

Elle a quand même eu le temps de me dire “Alysée, c’est une boîte de blacks, 50 € la coti mais je suis en train de gérer un gars-là pour qu’il me prenne une bouteille donc si ça marche tu rentres avec moi”.

J’étais pliée de rire quand je lui ai répondu ” Toi la fille là tu ne vas jamais changer, toujours dans les coups de « je cherche quelqu’un pour me gérer »! Ma sœur laisse je vais préparer mes 50 € ou bien?” et elle a raccroché en me disant que c’était moi qui voyais mais que si je voulais bien vivre ici en France c’était mieux pour moi que je commence à apprendre les vraies choses…

J’ai fait fi de sa réflexion que je trouvais un peu osée mais en même temps 50 € la cotisation je trouvais ça un peu cher. Quand j’ai fait LE calcul rapide dans ma tête, 32500 FCFA, j’ai trouvé ça VRAIMENT cher.

 La vérité c’est que j’aime le show et quand il s’agit de sortir en général je ne compte pas. En fait, quand il s’agit de faire plaisir ou de me plaisir tout simplement je ne compte pas et ça m’a valu des mois de pates/fromage mais aussi de très beaux souvenirs. Ce qui ne tue pas rend plus fort n’es-ce pas?

Autre chose m’excitait davantage: J’allais sortir pour la première fois sans avoir de compte à rendre, je n’avais aucunement besoin de sauter le mur ou de mentir et surtout, je n’avais aucun couvre-feu à respecter.

Me voilà donc en train d’organiser ma première sortie en personne libre ! Ah la liberté! Je pensais qu’il fallait la vivre à fond et dans l’excès pour qu’elle existe vraiment. A tort.

Astou est venue me chercher samedi soir avec son soi-disant copain, le frère de ce dernier et un de leur cousin, tous les trois camerounais. Elle m’a présenté comme sa petite sœur fraichement arrivée du bled. Franchement, l’expression “le bled” m’était inconnue mais j’ai fait ce que je sais faire de mieux quand je suis un peu perdue: Sourire.

Les garçons étaient vraiment très mignons et puis le frère d’Armand(le pseudo copain) était comme je les aime: musclé, noir ciré avec des dents bien blanches qui donne à son sourire une fraicheur! lol

Arrivés à l’entrée de la boite je n’ai pas eu besoin de sortir ma coti vu que LE monsieur a payé pour les deux bouteilles.

La boite la est petite!!Les gens se coincent, se frottent, se refrottent et puis tout le monde ne sent pas la rose même si la musique n’est vraiment pas mal.

A quoi ça sert de mettre de la bonne musique si c’est pour ne pas danser?

J’allais très vite comprendre le concept de cette boite à sardines.

Au bout d’une heure, le serveur a ramené deux champagnes sur notre table alors que la première bouteille était toujours à moitié pleine.

J’ai regardé autour de moi et nos voisins avaient devant eux six bouteilles de champagne et deux bouteilles de Jack pour trois personnes. Soit ces hommes étaient de vrais soulards, soit c’était du spectacle. C’était du spectacle. J’étais blasée. Mystifiée par cette mascarade.

Le frère d’Armand, Arnaud, s’en est rendu compte et  m’a chuchoté à l’oreille “Tu as vraiment de beaux yeux, tu mérites quelque chose” et ce quelque chose était…une troisième bouteille de champagne!!

Quand il a pris mon portable pour écrire “Ce n’est vraiment pas assez pour la parfaite personne que tu es. Excuse-moi, je vais me rattraper”. Je n’ai même pas pu dissimuler ma joie au point de ne pas hésiter à lui donner mon numéro quand il me la demandé. Astou n’avait rien raté de la scène et elle souriait.

J’ai beaucoup de mal à raconter cette soirée parce que ma honte est grande. Honte d’avoir aimé cet étalage d’argent, honte d’être rentré dans un jeu que je ne connaissais pas, honte tout simplement parce que si mon père m’avait vu dans “ça” il ne m’aurait pas reconnu pas. J’étais sortie avec l’envie de m’amuser, je suis rentrée dans le jeu de me montrer.

En me déposant à la maison, Astou m’a lancé un “Janice, on se refait ça samedi prochain copine !” avec un clin d’œil qui voulait tout dire. Arnaud a délicatement posé sa main sur la mienne et en me regardant droit dans les yeux il m’a dit avec son bel accent camerounais “je t’appelle cette semaine ma belle”.

J’ai répondu avec un grand sourire « Ok Arnaud, appelles moi…Aurevoir Armand et merci !”

Je les ai regardés s’éloigner sans savoir que l’un d’entre eux confirmerait que tout ce qui brille n’est pas or et que l’habit ne fait pas le moine. Jamais.

Mlle T.

E-mail : [email protected] 

Twitter : @missytari

Les aventures de Janice-Fatimé : L’épisode précèdent

 

La liberté coûte que coûte…

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