Pour Serge Noukoué, le jeune Franco Béninois amoureux de la culture, mis en avant lors de la semaine Africaine de Sciences Po, Nollywood, le cinéma de tous les possibles imaginables, est  d’abord bien plus qu’une passion, c’est une ambition.

Rencontré à sa demande dans un café du 1er Arrondissement, étrangement nommé « Au père tranquille », c’est en effet dans le calme et la convivialité qu’il s’est livré sans jamais se départir de son sourire et de son humour, sur Nollywood et la semaine culturelle dont il assure la promotion.

Un exposé gratuit mais enrichissant sur un cinéma qui ne manque pas non plus de paradoxes.

Co-fondateur du concept de la  Nollywood Week, dont la 1ère édition se tiendra à Paris du 30 Mai au 2 Juin prochain, le parcours de ce spécialiste du management des projets culturels, l’a amené à côtoyer l’univers culturel sous tous ses aspects et ce sous diverses latitudes.                                                          Pourtant demandez-lui de se présenter à vous , et il ne vous dira strictement aucun mot de son lycée à Douala, ou ses études et stages en France auprès d’organismes comme Culturesfrance, Trace Tv, CFI ou BASIC LEAD, en passant par Sao Paulo où il aura consacré 2 ans de sa vie comme attaché culturel au consulat de France …  entre humilité et pudeur, tout au plus, il vous gratifiera d’un sourire et posément vous soufflera non sans hésitation «  Serge Noukoué, j’ai 31 ans (faussement pensif) oui c’est bien celà (sourires), je me considère comme un entrepreneur culturel qui travaille de manière indépendante à développer des projets culturels pouvant avoir un  impact sur le développement ou le public. Entre autres le projet Nollywood Week, mais il y’en aura d’autres qui je l’espère verront le jour, car je suis un peu un touche à tout, un aventurier curieux de nature, qui aime s’essayer à  plusieurs choses»

Serge Noukoué, Co-fondateur de la Nollywood Week

Serge Noukoué, Co-fondateur de la Nollywood Week

Parvenu à cela, vous voudrez surement savoir  comment on en arrive à nourrir un projet culturel basé sur l’Afrique, et pour cela, ne manquerez pas d’écouter votre interlocuteur, vous livrer la passion forte qui l’unit à ses attaches Africaines  « Je suis Franco-Béninois, ce qui aide pas mal lorsque l’on ne veut pas payer de visas mais déjà enfant, j’ai toujours été avide de découvrir l’Afrique, « mes Afrique », tout en restant ouvert au monde. La plupart de mes projets sont orientés vers l’Afrique, car j’ai un amour profond pour le continent, et je ne saurais trop comment l’expliquer, sans doute que cela fait partie de mon ADN. J’ai toujours été intéressé  donner une autre image de l’Afrique, au-delà des apparences que l’on nous distillait au travers des médias, j’aime aller chercher au plus profond des choses et par moi-même, aboutir à trouver un contenu qui soit d’Afrique du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, mais que l’on puisse montrer à la face du monde »

Un bref regard sur son parcours académique suffira, même si le garçon fit face à un dilemme c’est vrai, à vous faire entendre que ce projet  n’aura pas fait que murir dans son esprit, il a façonné ses choix « Je suis titulaire d’un master en gestion des projets culturels, même si au départ j’hésitais c’est vrai entre la gestion de projet culturel et celle de projet sportif … j’aimais le sport et la culture, et j’ai choisi cette dernière filière  parce qu’au fond le sport fait partie de la culture. Avec la culture on peut toucher à un nombre de choses plus étendues, qu’avec le seul sport, et comme pour moi le but était de produire l’impact le plus large possible, je me suis dit qu’en Afrique bien que la culture ne soit jamais une priorité, elle pourrait  si elle était exploitée intelligemment, être un levier pour le développement»    

Le 27 Mars dernier, alors qu’il était invité à Sciences Po Paris pour expliquer la contribution de Nollywood au développement du Nigéria, Serge avait défendu l’idée forte que la culture était un instrument de développement. Au fond, qu’est ce que la culture ?  «  La culture ? C’est un bien grand mot et plutôt que de détailler sa définition, il faut se dire que nous sommes dans un monde où l’influence, le « soft power », a pris le pas sur les armes ou le « hard-power ». Désormais, il importe plus de gagner les peuples en les faisant adhérer à une culture plutôt que de les combattre. La culture vue comme cela, est pour moi un « pilier » qui permet d’ouvrir des opportunités économiques et en cela l’exemple Américain montre que c’est un instrument qui a son importance et dans sa diplomatie, et dans son économie »

Classement des industries en fonction des films produits

Classement des industries en fonction des films produits

La formation d’un « soft power » Africain passait par une exposition de sa culture, et c’est en cela qu’il va faire le choix de mettre en lumière « Nollywood ». 2e  producteur de l’industrie cinématographique mondiale, le cinéma Nigérian était il une cible, par défaut ?  « Non, pas par défaut (il se répète d’un ton convaincu) mon intérêt pour Nollywood est ancien… c’est une longue histoire (sourit)  puisque je regarde des films Nigérians depuis près d’une dizaine d’années aujourd’hui. Nous avons pensé que ce cinéma avait besoin d’être montré, regardé et  compris autrement, voilà pourquoi nous avons crée la Nollywood Week. La connaissance de ce cinéma est trop limitée, soit à la diaspora Nigériane, soit à la seule communauté Africaine … pourtant Nollywood c’est un vrai phénomène, qui mérite d’être connu »

A dire vrai, ces derniers mots sont prononcés avec une telle énergie de la part de Serge, que j’en omets presque de constater que le correcteur Word de l’ordinateur sur lequel je retranscris notre entretien, est lui-même totalement convaincu qu’il y’a erreur, et plutôt que d’écrire « Nollywood », pense que e le féliciterai de m’avoir proposé de corriger, par « Hollywood ».                                                        Et oui, Nollywood n’existe que pour nous autres … la sentence est cruelle pour qui comme moi a été un jour séduit par un ou deux feuilletons nigérians, pour qui outre que les P-Square et autre Timaya ou D’Banj, a vibré de plaisir derrière un film servi par Geneviève ou le duo comique de Aki & Pawpaw.  En attendant de comprendre pourquoi le terme « Nollywood » ne sonne pas plus familier à la technologie et au grand public que le néologisme « zlataner », revenons à notre interlocuteur, pourquoi donc Nollywood ?  « Déjà parce que c’est un cinéma qui s’est fait tout seul, sans aides gouvernementales ou locales. C’est le reflet d’un besoin d’expression locale qui aurait pu passer comme une mode mais qui existe déjà depuis 20 ans, et pour cela mériterait bien plus d’attention.  La raison pour laquelle j’ai décidé de m’engager à promouvoir ce cinéma est que je pense qu’il va falloir arrêter de mener des initiatives « panafricaines » (rires). C’est important de mettre en avant les spécificités de temps à autre…parler des cinéma Sud-Africain, Kenyan etc … plutôt que de généraliser en disant « le cinéma Africain ». Au fond cela ne veut rien dire, et on ne fait pas justice aux différences  créatrices. De fait, parler du Cinéma Nigérian aujourd’hui m’a semblé plus intéressant que de parler du « Cinéma Africain ». 

 

Propos recueillis par Boniface Duval et d’Artagnan

Article rédigé par d’Artagnan

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