La place des femmes dans la vie politique ivoirienne : Des manifestations de Grand Bassam à celles d’Abobo ; de Thérèse Houphouët à Dominique Ouattara…

En 1948,alors que la Côte d’Ivoire est encore une colonie française (…j’en vois certain dire et toujours !!) , le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire) fait l’objet d’interdiction par les colons. Au cours de l’une de ses réunions certains responsables sont arrêtés. Deux ans plus tard, des femmes venues de toute la Côte d’Ivoire marchent et pour certaines nues sur le pont de Grand-Bassam (première capitale de Côte d’Ivoire) vers le Tribunal afin de réclamer leur libération. Cette action des femmes ivoiriennes a permis qu’une motion soit votée par l’Assemblée de l’Union Française réclamant un jugement des détenus dans les plus brefs délais. La  légende  raconte que femmes et maîtresses marchèrent côte à côte et  sans faire de « palabre ».

Puis vint l’indépendance en 1960. Félix et Thérèse Houphouët Boigny accèdent au pouvoir. Les ivoiriens ne connaissent pas grands choses de cette femme mis à part sa grande discrétion dans les affaires politiques, sa beauté et son aversion pour les Hommes.

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Manifestation de femmes ivoiriennes

Jusqu’en 1990, le sphynx a réussi à maintenir une forme de paix dans le pays, mais des voix s’élèvent et réclament plus de démocratie et plus particulièrement le multipartisme. Parmi ces voix, celles de Laurent et Simone Gbagbo. Laurent Gbagbo devient alors le premier opposant d’Houphouët Boigny. Il organise des marches, des grèves et défie les forces publiques. A ces côtés, Simone, elle est son premier et son plus fervent soutien. Elle a subi les tortures, les  coups et la prison pour « son » Laurent .Les ivoiriens découvrent un couple de militant prêt à tout afin d’obtenir le multipartisme, prêt à tout pour la reconnaissance de leur parti, le Front Populaire Ivoirien -qu’ils ont fondé clandestinement-, prêt à tout pour avoir le droit de défendre leurs idées politiques. C’est une réelle nouveauté pour eux, jamais ils n’avaient vu une femme s’engager autant en politique. Signe prémonitoire ?

En 1990, le multipartisme est autorisé en Côte d’Ivoire. Première victoire pour le couple Gbagbo .Mais en 1993, le « vieux » décède en laissant un grand vide et une incertitude quant à sa succession.

Après avoir assuré l’intérim, Henri Konan Bédié est élu à la magistrature suprême en 1995.Son épouse, Henriette est une première dame discrète dans les affaires, mais qui semble profiter des largesses du pouvoir. Elle fait construire des bâtiments somptueux dans son village natal ainsi que des hôpitaux qui portent son nom.

En 1999, un coup d’état survient ouvrant alors le champ à une décennie de violence. Robert et Rose Guéi reste un an au pouvoir et sont assassinés dans des circonstances douteuses. Ce laps de temps trop court n’a pas permis aux ivoiriens de se faire une idée sur leur toute récente première dame.

L’année 2000 marque le retour sur le devant de la scène du couple Gbagbo .Deux après leur accession au pouvoir, un coup d’état est déjoué par l’armée ivoirienne et le pays est divisé en deux. Simone Gbagbo ne reste pas les bras croisés, se cantonnant à un simple rôle de représentation. Elle va influer sur la présidence de son mari d’une manière particulière. Certains l’accusent même de se charger du « sale » boulot (escadrons de la mort, Affaire Kiffer), ses détracteurs voient en elle une « dame de sang ».

Elle va révolutionner la relation qu’a toujours entretenu les ivoiriens avec leurs premières dames. Contrairement à ses prédécesseurs, ses actions dans le pays ne se limitent pas aux seules œuvres caritatives, elle est à l’origine de décisions importantes. C’est la raison pour laquelle, elle est à la fois crainte et admirée et ce à tous les échelons de la société. Elle tient l’appareil du FPI (Front Populaire Ivoirien) avec une main de fer. « La maman » se radicalise au fur et à mesure que la crise politique s’enlise. Elle est le leader de l’aile dur du parti et exerce une influence non dissimulée sur son mari. La première dame est très proche de la galaxie des « patriotes ».Les femmes « patriotes » vouent un dévouement sans faille au couple Gbagbo. Elles vont aller jusqu’à manifester devant l’ambassade de France pour contester les accords de Marcoussis et soutenir leur « Prési ».

L.Gbagbo  qui brigue un second mandat, écarte un peu Simone lors de la campagne présidentielle de 2010 au profit de sa seconde épouse, Nadine Bamba -plus discrète et entachée par aucun scandale-Mais lorsque la situation se corse, il fait de nouveau appel  à la « dame de fer » pour haranguer les foules.

Au plus fort de la crise post-électorale, des femmes manifestent pacifiquement à Abobo en faveur d’Alassane Ouattara, président proclamé par la communauté internationale. Les forces de l’ordre fidèle à  L.Gbagbo ripostent de manière sanglante entraînant la mort de 7 d’entres elles ainsi que la colère et l’indignation d’une bonne partie de la population.

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Une marche de femmes à Abidjan

Le 11 avril 2011, Le couple Gbagbo est arrêté, et vu leurs airs hagards, ils semblaient loin d’imaginer une fin aussi tragique. Séparés depuis leurs arrestations (à la demande de Laurent Gbagbo), Koudou a été envoyé à la CPI et Simone pourrait bientôt le rejoindre.

Nouveau Président, Nouveau style : début de la présidence « choco» ! Alassane et Dominique Ouattara ne sont pas inconnus des ivoiriens puisque ADO a été le Premier ministre de feu Houphouët de 1990 à 1993. Au-delà du fait qu’il soit connu pour ses manières et goûts raffinés, il a une particularité…sa femme est BLANCHE ! Grande nouveauté pour les ivoiriens, une première dame blanche. Dominique , « la femme au grand cœur » a la réputation d’être une excellente femme d’affaires, qui plus est richissime et une épaule solide pour son mari. Au lendemain de l’élection de ADO, elle démissionne de toutes ses fonctions professionnelles afin de se consacrer entièrement à son rôle de Première dame. Elle redonne alors à la fonction une dimension plus classique. Dominique Ouattara semble douce et maternelle. On peut néanmoins lui reprocher son côté trop « bling-bling » en tant de crise économique : organisation de gala, invitation de ‘people’ (Alain Delon, Kim Kardashian).

Au fil du temps, la fonction de première dame s’est modernisée et suscite de plus en plus l’intérêt voir la fascination. Ce rôle ne doit-il pas être encadré afin d’éviter les abus ?

Quoiqu’il en soit, les femmes ivoiriennes se sont toujours mobilisées dans des moments historiques. Une semaine jour pour jour après la journée de la femme, je souhaite leur rendre hommage pour leur courage !

Johana N’dia
Email : [email protected]

La place des femmes dans la vie politique ivoirienne

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