En 2009, et pour la première fois dans l’histoire, la population des zones urbaines a dépassé celle des zones rurales. Entre 1950 et 2010 la population mondiale est passée d’environ 2,530 milliards d’habitants à près de 7 milliards d’habitants. Parallèlement, la population urbaine qui représentait 28,8% de la population mondiale en 1950 représente depuis 2010 50,5%.

D’ici 2050, la division chargée de la population au Département des affaires sociales et économiques (DASE) de l’Organisation des nations unies (ONU) prévoit que le pourcentage de la population urbaine continuera à croitre pour attendre 68,7% de la population totale. Cette augmentation de plus de 15 points s’explique notamment par les évolutions qui s’opèrent actuellement dans les régions les moins développées, principalement en Afrique et en Asie.

Ces deux régions concentrent à elles seules une grande partie des défis démographiques du XXIème siècle, surtout lorsque nous évoquons la population des villes qui sont en pleine mutation. Alors qu’en 1950, sur 7 villes à avoir une population dépassant 5 millions d’habitants, Shanghai était la seule du « Sud », aujourd’hui, elles sont au nombre de 55 sur un total de 76. Une écrasante majorité. Cette mutation rapide bouleverse l’ordre établit, et il semblerait que le phénomène  aille en s’accentuant.

En passant respectivement d’un taux d’urbanisation de 40% en 2010 à 61,6% en 2050, l’Afrique va voir ses agglomérations se développer et devenir tentaculaires.

De manière générale, la transition démographique en cours accroit de manière considérable le nombre d’habitants dans les pays du continent africain.  Depuis 50 ans, la population subsaharienne a été multipliée par environ 4,5. En 1960 la population totale de l’Afrique subsaharienne était de 219,2 millions habitants. Aujourd’hui, la région compte 987,7 millions habitants.

Lagos au Nigéria symbolise la saturation des métropoles africaines

Lagos au Nigéria symbolise la saturation des métropoles africaines

Cette croissance accélérée de l’urbanisation et l’augmentation de la population urbaine de façon exponentielle s’expliquent notamment par des facteurs tels que la transition démographique (une natalité forte et une mortalité qui diminue) conjuguée à la jeunesse de la population (plus de 40% de la population a moins de 15 ans) et au progrès technique dans le monde rural qui poussent les jeunes à un exode rural massif. Ces derniers pensant trouver une situation socio-économique meilleure, viennent accroitre la population urbaine qui finit par rogner de plus en plus d’espace sur l’espace rural.

Forcement, la concentration d’autant de personnes en si peu de temps est, par moment, de nature à créer de nombreux problèmes. Dans certaines agglomérations d’Afrique subsaharienne l’extension  de la ville se fait de manière anarchique. Plus qu’une paupérisation des zones périphériques, c’est une autre dynamique urbaine qui décrit ces espaces. Souvent, ces derniers se construisent sans codes, sans hiérarchisation. Le secteur public n’a plus la main mise sur les questions de l’organisation de l’espace urbain puisque les individus s’y installent de manière totalement aléatoire et sporadique.

Toutefois, force est de constater que plusieurs grandes villes ont décidé de prendre le taureau par les cornes en s’attaquant à la planification urbaine. C’est l’avènement des plans d’urbanisme, souvent réalisés avec l’aide de cabinets d’architectes célèbres. S’ils sont fréquemment d’excellente qualité technique certains de ces plans semblent manquer d’anticipation et de créativité. Inlassablement, ils nous apprennent que la métropole africaine futuriste ne serait qu’une copie de New-York, Hong-Kong ou Dubaï.

L’enjeu principal pour les villes africaines du XXIème siècle c’est de trouver leur identité qui passe par un modèle de gouvernance, de développement et de rayonnement à part. Les grandes villes dont ces plans s’inspirent ne sont elles pas reconnues puisqu’elles sont uniques ?

Jo'burg, une ville africaine de classe mondiale

“Jo’burg, une ville africaine de classe mondiale”

Aussi, nous ne pouvons pas nous contenter de répliquer les modèles observés ailleurs puisque ces derniers sont, pour la plus part, déjà obsolètes. Prenons l’exemple de la ville à l’américaine conçue pour l’utilisation de la voiture, disposant d’un centre des affaires symbolisé par les grattes ciel au centre ville et une banlieue résidentielle pour les familles de classe moyenne. Nous le savons depuis quelques années que ce n’est plus un modèle durable puisque la voiture à essence doit laisser place aux transports plus écologiques ; les individus repensent totalement leur équilibre vie privée – vie professionnelle avec un travail plus proche du lieu d’habitat voire même en travaillant à distance. Il y a également une volonté de pouvoir circuler à pied en famille dans un centre ville animé, passant d’un musé à un restaurant et d’un restaurant à une spectacle ou un concert. Le métier de manager de centre ville longtemps marginalisé se développe dans les métropoles du nord.

 Il en va de même avec les autres modèles ; la ville centralisée à l’européenne où, souvent, une seule ville concentre tous les pouvoirs dans son hyper centre. Historiquement, c’est le cas de Paris ou Londres. Nous l’avons vu à Londres où, certains ministères sont délocalisés en banlieue, parfois jusqu’à 30 km du centre de Londres. Paris en fait de même avec ses pôles universitaires notamment. L’université Paris-Sud, reconnue comme l’une des meilleures mondiales selon le classement de Shanghai n’est-elle pas à plus de 25km du centre de Paris ?

A l’heure où les villes prennent de plus en plus d’importance et que la situation presse les villes africaines à prendre des décisions et des actions rapides, il serait malvenu de nous engouffrer dans des visions du passé au lieu d’avoir l’ambition d’inventer des villes répondant aux aspirations locales et en étant « tournés vers l’avant »*.

Boniface Duval

E-mail : [email protected] 

Twitter : @BonifaceDuval

 

Citation

 *« We face neither east nor west. We face forward.» | «Nous ne sommes tournés ni vers l’est ni vers l’ouest. Nous sommes tourné vers l’avenir»

Dr Kwame Nkrumah, premier président de la République du Ghana.

Grand Angle : L’épisode précèdent

Les villes africaines et le défi de la planification urbaine

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