La semaine dernière, le monde était suspendu aux bilans de santé de Nelson Mandela si bien que nous ne nous sommes que peu intéressés au 5ème sommet des BRICS (Brazil, Russia, India, China, South Africa) qui a eu lieu le 26 mars dernier à Durban.

A cette occasion bon nombre d’analystes ont pris un malin plaisir à rappeler a quel point l’Afrique du Sud était un nain aux cotés de ses partenaires.

Pourtant, en juin 2010, un rapport de McKinsey Global Institute titré «L’heure des lions» : l’Afrique à l’aube d’une croissance pérenne. Plus de deux ans après, revenons sur cette étude qui se voulait être la référence en ce qui concerne les perspectives du continent noir.

Qu’est Mc Kinsey Global Institute (MGI)? 

Ce think tank créé en 1990 représente la tête pensante du cabinet de conseil Mc Kinsey & Company qui, en 2011, a réalisé un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars et emploie 17 000 personnes dans plus de 50 pays à travers le monde.

C’est simple, le cabinet est reconnu pour être ce qu’il se fait de mieux en matière de conseil en management.

Alors chers amis, comprenez que le groupe de réflexion issu de la crème de la crème se veuille porteur d’une parole quasi messianique, et beaucoup là lui accorde.

C’est auréolé de ce prestige que MGI pour les intimes nous avait livré ce rapport sur l’avenir de l’Afrique.

A la suite de la publication, nous avons vu fleurir une quantité impressionnante de manchettes alléchantes. «Le réveil des “lions africains”», «Des dragons asiatiques aux lions africains» j’en passe et des meilleurs.

Que révélait le rapport ?

En substance, le rapport démontrait que l’Afrique n’était plus uniquement dépendante de ses matières premières. Le continent se diversifiait et cela expliquait sa croissance durable (5% de croissance entre 2000 et 2008).

Parallèlement, ce même territoire devenait une opportunité pour les entreprises internationales puisque l’Afrique de 2020 représenterait en terme de dépenses de consommation 1 400 milliards de dollars contre 860 milliards en 2008. Tout cela tombait très bien puisque MGI affirmait que pour faire durer cette croissance, l’Afrique avait d’une part besoin de partenaires économiques pour leurs capitaux et, d’autre part, d’évolution sociale et démographique. En clair, il faut plus d’africains capables de consommer et plus de multinationales pour leur vendre leurs produits.

Au delà, le coup de com’ de ce rapport fut l’institution des quatre «Lions Africains».

Pour les analystes de Mc Kinsey, ces quatre “Lions” moteurs de la croissance africaine étaient l’Afrique du sud, l’Egypte, le Maroc et la Tunisie. Ces pays représentaient l’avenir de l’Afrique puisque possédant des économies diversifiées et très avancées. En clair, ils ne dépendaient pas de leurs matières premières car leur secteur tertiaire (les services) représentait plus de 70% de leur PIB.

Deux ans plus tard, que retenir ?

Nous pourrions presque réduire le bilan à un événement : «Le printemps arabe».

Economiquement les prévisions de McKinsey tombent sous le sens. L’Afrique est une terre d’avenir. C’est un fait!

Toutefois, analyser les problématiques d’un continent et à plus forte raison l’Afrique par le seul prisme économique est un non sens.

C’est d’ailleurs ce que nous pouvons reprocher à de nombreux Think Tank libéraux, dont MGI.

C’est d’ailleurs ce que le printemps arabe n’a pas manqué de rappeler puisque deux des quatre Lions ont explosé en plein vol.

C’est d’ailleurs ce que l’avenir augure puisque les deux autres lions, l’Afrique du sud en tête, voient leur ciel s’assombrir. J’en veux pour preuve les épisodes de grèves des ouvriers agricoles et miniers.

Alors, que faire?

Ce genre d’étude n’a qu’un seul rôle, servir d’outil. En d’autres mots, elle ne représente qu’un arrêt sur image. Leur donner plus d’importance que cela serait imprudent voire néfaste.

Comme rien ne peut se faire sans un environnement réunissant le «triple S» :  «un environnement Structuré, Stable et Sain», il est impératif de prendre de la distance avec ces chiffres et leurs explications pour les croiser avec des analyses issues de disciplines différentes de l’économie.

La croissance pérenne passe par une approche pluridisciplinaire, volontariste et créative.

Les défis du continent sont singuliers et les nouveaux enjeux planétaires sont complexes. De ce fait, l’africain ne peut se contenter d’imaginer pour sa terre mère des solutions calquées sur ce qui a déjà été fait et, peut encore moins laisser le soin à des acteurs externes de façonner son avenir.

De nombreuses initiatives locales vont dans ce sens en inventant des modèles de réflexion, de production et de consommation novateurs. Avec cette audace, nous créerons notre propre vision de l’avenir car, «selon nos voies propres, nous entendons nous acheminer vers notre bonheur et cela avec d’autant plus de volonté et de détermination que nous connaissons la longueur du chemin que nous avons à parcourir.»

 

Boniface Duval

E-mail : [email protected]

Twitter : @BonifaceDuval

 

Citation

«A travers les vicissitudes de l’Histoire chaque peuple s’achemine vers ses propres lumières, agit selon ses caractéristiques particulières et en fonction de ses principales aspirations sans qu’apparaissent nécessairement les mobiles réels qui le font agir.

Notre esprit, pourtant rompu à la logique implacable des moyens et des fins, ainsi qu’aux dures disciplines des réalités quotidiennes, est constamment attiré par les grandes nécessités de l’Elévation et de l’Emancipation Humaines. L’épanouissement des valeurs de l’Afrique est freiné, moins à cause de ceux qui les ont façonnées, qu’à cause des structures économiques et politiques héritées du régime colonial en déséquilibre avec ses aspirations d’avenir.

C’est pourquoi nous voulons corriger, non par des réformes timides et partielles, mais fondamentalement, ces structures afin que le mouvement de nos sociétés suive la ligne ascendante d’une constante évolution, d’un perpétuel perfectionnement.
Le Progrès est en effet une création continue, un développement ininterrompu vers le Mieux, pour le Meilleur. 

Etape après étape, les sociétés et les peuples élargissent et consolident leur droit au bonheur, leurs titres de dignité, et développent leur contribution au Patrimoine économique et culturel du monde entier.

L’Afrique Noire n’est pas différente en cela de toute autre société ou de tout autre peuple. Selon nos voies propres, nous entendons nous acheminer vers notre bonheur et cela avec d’autant plus de volonté et de détermination que nous connaissons la longueur du chemin que nous avons à parcourir.»

Discours de Sekou Touré lors de la visite du Général de Gaulle à Conakry, le 25 Août 1958

 

Grand Angle : L’épisode précèdent 

«L’heure des lions» : l’Afrique à l’aube d’une croissance pérenne?

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