«  L’Homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. […] Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.». C’est par ces mots que Nicolas Sarkozy alors président de la République Française a crée la polémique le 26 juillet 2007 à Dakar. Au risque de choquer certains et d’en ravir d’autres, j’estime que malgré sa méconnaissance absolue de l’histoire africaine, malgré son lyrisme au mauvais goût, ce monsieur n’avait pas complètement tort. Ce n’est pas l’homme africain qui n’est pas entré dans l’histoire car le peuple africain dans sa globalité a toujours été dans l’histoire. Il ne me parait pas utile ici de ressasser le passé ou même de  revenir une nouvelle fois sur ce que l’Afrique a fait pour l’histoire de l’humanité. Mais aussi sur tous ces facteurs externes qui ont joué un rôle néfaste sur la destinée de la « mère » des continents. Je tiens à dire ici que l’Afrique est fière de son histoire malgré de multiples tentatives de manipulation ou même de falsification de l’histoire. Par contre, autant vous le dire tout de suite, ma fierté s’arrête là ! Je n’irai pas plus loin dans la nostalgie à outrance, je ne serais pas celui qui passe sa vie à idolâtrer  ces pharaons et autres grands rois d’Afrique. Soyons un peu pragmatiques, comme dirait un bon vieux camerounais que je suis : « est ce qu’on mange ça ? ». Si la glorification de nos anciens rois (qui ne sont que poussière maintenant !) faisait avancer, est ce que l’Afrique serait engluée dans tous ces conflits, dans cette pauvreté, dans le sacrifice de ses enfants à l’hôtel de l’incertitude de l’occident ?

Ne soyons pas non plus de ceux qui passent le temps à rejeter la faute des problèmes africains sur « cet égoïste Europe »[1] qui a toujours su s’abreuver d’un continent en déliquescence. Comment penser qu’un continent de plus de 30 millions de km² avec des ressources à la fois humaines et matériels ne soit pas un vrai enjeu stratégique sur le plan international ?  Entre nous, que pouvons nous réellement reprocher à l’Europe ? D’avoir profité d’une situation pour subvenir aux besoins de son peuple ? À leur place, j’aurai fait la même chose ! Évidemment, je ne suis pas entrain de sous entendre  que l’occident en général et l’Europe en particulier n’ont pas joué ou ne jouent pas un rôle dans la tragédie africaine. Mais à force de toujours rejeter la faute sur les autres, on finit par ne plus avancer.

Source : africancrisis.org

Nous sommes d’accord, il faut plus de troupes en Somalie. Maintenant, qui va contribuer ? Source : africancrisis.org

Et c’est tout notre problème, l’Afrique n’avance pas, ou  l’Afrique avance… en désordre ! Pour moi, je considère et je soutiens que la « solidarité africaine » aurait pu être une clé indispensable pour l’émancipation réelle de ce contient à la fois si riche et si pauvre. Entendons nous bien mes amis, je parle de la vraie union africaine pas celle de façade qui est une farce aux yeux du monde et une véritable honte aux yeux des africains. Je parle de cette union africaine, ces états « Unis d’Afrique » longtemps prôné par le leader et panafricaniste Mouammar Kadhafi, assassiné avec la grande complicité des dirigeants africains. Ces derniers qui sont pour moi les premiers fautifs du drame africain ont trahi leur peuple. Une quadruple trahison selon Makhily Gassama et que je partage : une trahison par incompétence, par cupidité, par couardise ou par insouciance. Ces dirigeants qui bradent à tout va les richesses de nos pays et qui surtout continuent à trembler face à l’interminable hégémonie de l’ancienne et principale puissance coloniale. Cette dernière a su diviser pour mieux régner et ainsi permettre cette solidarité de façade qui a fait tant de mal à l’Afrique. Oui l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’histoire en ratant à maintes reprises l’unité. Cette unité, cette union qui aurait été  l’acte fondateur de cette Afrique des pères fondateurs.

Nous africains qui aimons tant copier la culture occidentale, quitte à copier copions les bons exemples. Les européens qui ont passé le temps à se faire la guerre ont réussi à s’assoir autour d’une table après la deuxième guerre mondiale et ainsi créer une unification politique, économique, social et sociétale des pays du continent européen. Les états unis d’Amérique ont su malgré les divergences se réunir après la guerre de sécession pour créer la grande Amérique. Pourquoi l’africain fait-il plus confiance à l’européen qu’à son propre frère africain au point de sacrifier tous ces grands leaders ?  Sankara Thomas a été assassiné avec la bonne complicité du non regretté Houphouët Boigny (non regretté par moi !), le courageux Lumumba patrice ce vaillant patriote « immolé comme un agneau » pour le bon plaisir de l’occident. Le panafricaniste Kwame Nkrumah, chassé de son pays comme un mal propre. Qui a soutenu le grand Ahmed Sékou Touré petit fils du non moins grand Samoury Touré ? Qui a défendu la Guinée Conakry quand elle a osé dire non à De Gaulle?  Personne !

L’absence de solidarité ne réside pas seulement dans la lâcheté envers ceux qui auraient pu nous guider, mais aussi dans la libre circulation au sein de  nos différents pays. Comment expliquer que pour aller en Tunisie un camerounais ou un égyptien ait besoin d’un visa ? Par contre, le un français qui va en Tunisie n’a pas besoin de ce visa ! Oui il y a des accords de facilitation de flux migratoires. Mais cela montre tout simplement la défiance entre africains au bénéfice de l’éternel colonisateur qui sait toujours profiter de nos failles. Je considère que c’est une aberration d’avoir autant de frontières entre nous au 21éme siècle, alors qu’il faudrait favoriser le marché global africain, faciliter le commerce intra-africain et en faire profiter toutes les régions. Il parait plus que jamais indispensable de créer un grand ensemble politique et économique africain. Malheureusement les africains du Maghreb ne se sentent plus vraiment concerné par l’Afrique subsaharienne, ils préfèrent de loin l’Europe !  Il faudra un concours de circonstance énorme pour voir enfin ces deux blocs se convaincre de la nécessité du vivre ensemble.  Ce jour là, Marcus Garvey se retournera certainement dans sa tombe et dira : «Quand le noir de sa propre initiative se haussera de sa condition inférieure au plus haut archétype humain, il pourra enfin cesser de mendier et de supplier, et exiger une place qu’aucun individu, peuple ou nation ne pourra lui refuser.»

par BAPE 

 

[1] Terme utilisée par Makhily Gassama dans l’ouvrage « L’Afrique répond à Sarkozy… » CPI Buissière

L’union africaine ou plutôt la désunion africaine !

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