C’est lundi 22 avril que Christopher Ross, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, a délivré son rapport faisant état de la situation actuelle au Sahara occidental.

Depuis plus de 37 ans, l’un des plus vieux conflits du monde semble s’enfoncer dans l’impasse. La tournée de l’émissaire Onusien intervient après une première visite effectuée en octobre 2012 qui a dressé un bilan alarmant du paysage sur place, témoignant d’un cruel manquement au respect des droits de l’homme et d’une pression sécuritaire proche de son paroxysme.

Ban Ki-Moon n’a pas manqué d’exprimer son inquiétude et sa forte préoccupation face à l’inertie de ce conflit qui entretien les tensions entre deux acteurs clés de la stabilité du Maghreb. Le Sahara occidental est le motif principal de discorde entre Maroc et Algérie qui voient leurs relations s’enliser dans une rivalité déplorable.

Force est de constater que ce conflit apparaît comme l’un des derniers vestiges de la guerre froide de par son processus. Le statu quo maintenu par les grandes puissances « amies du Sahara occidental » (Etats-Unis, France, Espagne, Royaume-Unis, Russie) nourri la crise diplomatique actuelle. Le Maroc et l’Algérie s’amusent à faire la course à l’armement et pleurnichent chacun auprès de son principal allié qui est – au risque de surprendre – les Etats-Unis d’un côté et la Russie de l’autre.

Evidemment, cette mascarade est soigneusement arbitrée par les fagotins onusiens depuis 1991 à travers la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), responsable de contenir le cessez le feu et maintenir la paix.

Oui, en effet, il y a comme un air de déjà-vu, certains diront même que c’est « so seventies », et qu’il serait peut être temps que ça passe de mode. Mais que voulez-vous, les deux parties ont beaucoup à perdre, mais aussi beaucoup à gagner.

Le Maroc prône sa souveraineté sur ses « provinces du Sud », totalement intégrées à son territoire depuis « la marche verte » de 1975. L’Algérie, elle, prône que « son soutien aux indépendantistes sahraouis relève de ses principes d’aide à tous les peuples qui luttent pour la décolonisation de leur pays à travers le monde ».

A qui profite le crime ?

Source : hibapress.com

Source : hibapress.com

Comme nous l’ont gentiment enseigné nos amis américains (je cite : Colombo, NCIS, etc…), la réponse à cette question est primordiale dans la compréhension du conflit.

Le nœud du problème réside dans le fait que l’Algérie, reconnue comme étant le premier allié du front du POLISARIO (Mouvement politique et armé du Sahara occidental, créé en 1973 pour lutter contre l’occupation espagnole, puis marocaine), obtiendrait enfin son ouverture sur l’Atlantique, et pour faire d’une pierre deux coups, verrait le Maroc s’enclaver dans son territoire.

L’ONU, qui agit plus comme spectateur de cette conjoncture, réalise enfin qu’il est aujourd’hui impératif d’intervenir de façon efficace, ne serait-ce que pour garantir la sécurité dans une région rongée par l’instabilité. La recrudescence des violences et la prolifération des conflits tant dans le bassin maghrébin (printemps arabe) que dans les états subsahariens limitrophes (Mali, Niger, Tchad) fait du Sahara une zone à risque. L’émergence de groupes rebelles alimente un trafic d’armes qui ne connaît pas la crise, et conforte la position de l’AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) dans les territoires du Sahel.

Tout l’enjeu est là. Pour répondre à la nécessité de trouver un compromis dans le Sahara occidental, l’ONU (à l’initiative des Etats-Unis) entend aujourd’hui étendre le mandat de la MINURSO qui veut passer de simple garant de la paix, à un rôle de promotion et protection des droits de l’homme. Cela amènerait M. Ross dans le cadre de son mandat, à préparer la prochaine étape dans le processus des négociations.

L’objectif est d’encourager une éventuelle reprise des pourparlers directs en vue de parvenir à une solution politique mutuellement acceptable, qui devra assurer l’exercice du droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. La MINURSO aurait alors pour mission d’intervenir au cœur même du conflit, en immersion dans les territoires, ce qui constitue une atteinte directe à la souveraineté nationale marocaine.

Cette décision qui relève du conseil de sécurité, sera fortement influencée par le bilan à paraître de Christopher Ross.

L’impact d’une telle décision, constituerait un sévère revers pour le Maroc et une victoire politique pour les séparatistes, l’initiative de l’extension du mandat onusien répondant à la volonté du Polisario qui se verrait ainsi gagner en légitimité.

La manière dont tout ce conflit s’est profilé depuis les années 70, suscite tout de même mon incompréhension, ou plutôt ma confusion.

Pourquoi les Nations Unies élèveraient le Polisario au rang d’interlocuteur à part entière du conflit, alors que celui-ci n’est rien d’autre qu’un groupement non-étatique armé, récemment soupçonné de militer aux côtés de l’AQMI dans le nord du Mali ?

L’ONU inciterait-elle au séparatisme dans une région déjà déstabilisée par la crise Malienne ?

La semaine prochaine s’annonce comme décisive dans le règlement du conflit, et la reprise des négociations sera un impératif pour garantir la stabilité de la région. La communauté internationale ne peut plus aujourd’hui se contenter de ce statu quo qui agit comme une guerre d’usure et ne mènera qu’à l’enlisement de la situation. Mais les conséquences de cet enlisement risquent de prendre des proportions bien au delà de ce que l’on peut imaginer.

par Lily Amani

Sahara Occidental, blizzard en guerre des sables

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