Tout bon latiniste raffiné le sait (vous le savez n’est ce pas ?), les lettres de la première locution n’existent pas dans le registre des expressions consacrées, ou du moins pas dans le même esprit (de quoi parle t il ?).

Guère besoin ici de marteler votre clavier (pensez à vos touches, bon sang !),  aussi, ménagez d’entrée de jeu, votre barre de recherche GOOGLE (elle est innocente) car vous ne trouverez pas  de traduction plus fidèle que celle que je vous propose, Si vis pacem para bellum signifie  « Qui veut la Guerre, doit prépare la paix ».

Inutile de rappeler les vers de Végèce (si ? il faut ? bon, si vous insistez. Cf. Citations)  qui disent tout le contraire mais c’est qu’à notre corps défendant, vous comme moi avons  vécu (hé oui, nous sommes des survivants)  de près pour certain(e)s et surtout de loin, l’explosion de violence qui a découlé du 11 Septembre,  l’enlisement militaire en Irak, la décennie de violences en Afghanistan, et plus récemment la Guerre du Mali.

Ces guerres internationales trouvent c’est vrai un ancrage largement commenté,  dans le paradigme interventionniste du « choc des civilisations », tant dans la composition des forces en présence, qu’à l’étendue des enjeux géopolitiques qui les justifient. Indépendamment de l’aspect vénal et mensonger de la doctrine réaliste qui a prévalu à l’invasion de l’Irak (ils sont où les missiles de Saddam ? ah y’en a pas ? d’accord..), nul ne peut nier du reste,  que la crainte légitime du « péril islamiste » que  font courir  les affidés de la multinationale terroriste, Al Qaeda, dans le monde, est une réalité à laquelle il faut donner une réponse. Des attentats du 11 Septembre à New York, en passant par ceux du 11 Mars à Madrid, ou les hécatombes perpétuelles que font vivre les islamistes radicaux tant au proche orient qu’en Asie du Sud-Est (Indonésie), pour finir par l’occupation récente du Mali… la conquête d’Al Qaeda semble n’épargner aucun espace du Globe.  Jusqu’ici, je ne vous apprends rien et vous n’êtes pas loin de vous demander où je veux en venir…  et bien, la Guerre du Mali, m’amène à m’interroger sur le sens même de la paix en Afrique.

Lorsque les armes tonnent en Afrique, la guerre est elle toujours et encore la solution ?  Comprenez bien, ce n’est pas seulement le cas du Mali qui m’interpelle, mais les douloureux exemples de la Cote d’Ivoire (transition au forceps), du Tchad (une paix de façade, inachevée car mal assise) de la RD Congo (conflit qui a déjà fait près de 8 millions de morts mais auquel on s’habitue) … pour ne citer que ces trois cas là.

Pour entretenir cette réflexion, je vous renverrai à ces mots de Bertrand Badie, « Les nouveaux conflits sont directement issus des problèmes sociaux des pays du Sud et de leur défaut d’institutionnalisation en État nation. On ne combat pas cette violence d’extraction sociale comme on combattait autrefois un État rival qui était votre semblable. ».

 

« Si tu veux la Paix Ici, fais la Guerre là-bas »

Il faut remonter à la Rome Antique du 1er siècle pour comprendre l’idée de la « Pax Romana » ou paix interne. Cette paix civile qui maintenait paradoxalement l’empire soudé et en parfaite harmonie politique sur le plan interne, s’opposait toutefois à la nécessité pour l’ensemble de se prémunir d’attaques extérieures, en menant des guerres périphériques, dans les contrées voisines. Ainsi tout bon stratège politique sait, que la Guerre est le moyen le plus sûr de s’assurer l’union sacrée et disons –le, la paix politique. Pour cela, il faut qu’elle soit conçue comme juste par ceux qui la font (nécessité de la légitimer) et bien sûr qu’elle se solde par une victoire.

Caricature de F. Hollande

Prenez le cas de la France,  il est flagrant.  1 mois après  l’engagement des troupes Françaises (11/02) dans la crise Malienne, le président Français élu François Hollande,  s’offre 6 points dans les sondages, et 3 Français sur 4 disent soutenir leur président dans la crise Malienne. Ce n’est pas qu’en France que l’on mesure les retombées politiques d’un engagement militaire, ainsi aux Niger,  Tchad et  Bénin, l’heure est à l’effort de guerre et au front commun devant le danger terroriste. A n’en plus douter, la Pax Romana a de beaux jours devant elle, mais doit-on  au nom de la sacrosainte solidarité Panafricaine, passer sous silence l’opportunisme froid qui sous-tend l’intervention militaire, et mieux encore les dangers d’une internationalisation du conflit ?

C’est en ce sens que la très polémique alliance de la France avec le MNLA,  m’apparait d’autant  moins être un scandale, qu’outre le fait qu’elle assure la victoire militaire, elle promet aux Maliens,              la paix civile qui doit en résulter.  Les autres pays belligérants eux, permettez moi d’en douter … que l’on m’accable d’afro-pessimiste cela ne me fera pas croire, que les armées Tchadienne ou Nigérienne, toutes aussi bonnes guerrières qu’on le dit, parviendraient outre à défaire les rebelles d’Aqmi, Ançar Eddine et du Mujao conjugués, à réconcilier les Maliens entre-eux.

Certes les craintes de voir le MNLA tirer abruptement profit de cette alliance décrite comme « contre-nature », sont éminemment fondées au vu de l’historique du conflit, mais faut il pour autant « marquer le pas » ?! Si les rebelles enturbannés d’hier, pyromanes de la première heure,  se muent en pompiers à l’heure de rendre des comptes, c’est qu’il y’a nécessairement  un intérêt à voir l’ennemi commun, bouté hors des frontières Maliennes.  A ces repentis en devenir, faudra t-il répondre que la sécurité du Mali est mieux assurée par des forces étrangères, que par eux-mêmes ? Assurément, ils rejoindraient les rangs des vrais ennemis du Mali, et compliqueraient encore plus la tache de l’armée loyaliste. De plus, sans faire de procès d’intention, je doute que les populations gardent un souvenir impérissable de leur cohabitation « virile », avec des forces militaires aussi intransigeantes que celles qui s’y déploient.

S’il fallait tirer une leçon de ct article, ce serait que pour tout engagement militaire extérieur, il faut s’assurer que l’on connait la paix sociale chez soi.

 

« L’Afrique doit dire non à la paix de Versailles »

Convoi militaire tchadien

A ce titre, bien que ravi par l’élan de solidarité dont font preuve les autorités Béninoises, Tchadiennes et Nigériennes, je me montre partagé sur les retombées pédagogiques de ce conflit.

Le 6 avril dernier, c’est au nom de la préservation des intérêts d’une minorité Touareg discriminée, que les soldats du MNLA ont endossé les oripeaux de républicains pour proclamer l’indépendance de l’AZAWAD. Assurément une redistribution sociale plus équitable des ressources, une armée moins encline aux exactions, et une fonction publique moins à la discrimination, n’aurait jamais accouché de pareil état de fait. De même, le coup d’état militaire du Capitaine Sanogo, dans un pays où la démocratie semblait consolidée, fut révélateur du malaise entre les décideurs et leurs bras armés.

Si l’on ne peut préconiser de panacée à la violence, on peut tout de même garantir au vu de l’histoire qu’aussi surement qu’il n’y ait pas de  fumée sans feu, il n’y a pas de guerres sans fondements sociaux.  Il faut espérer qu’au sortir de ce conflit, l’Afrique en sorte changée. Les armées engagées plus enclines à la protection du citoyen et à la prévention de la violence, les dirigeants plus prompts  à lâcher du lest et à développer le dialogue social.  Moins bien classé que le Niger et le Bénin, dans les tableaux indicatifs des droits de l’homme et de la presse, le Tchad d’Idris Déby,  ne doit pas se croire à l’abri d’une crise Malienne Bis … car les mêmes causes produisant les mêmes effets, pour prétendre faire la Guerre là-bas, il lui faudra assurer la paix chez lui. Le vrai courage n’est assurément pas dans l’exaltation guerrière mais bien dans la concertation. Qui veut mener une Guerre, doit s’assurer la paix chez lui, mais combien de pays en Afrique peuvent prétendre à la paix sociale ?

Je ne parle point de paix militaire, mais bien de paix sociale…  pas celle de Versailles, celle qui n’est pas le diktat du vainqueur, celle qui n’est pas assurée coute que vaille par l’usage outrancier du fusil et de la matraque, cette paix qui assure au citoyen la sécurité alimentaire et le respect de son intégrité physique et morale. En clair, l’état de droit !  Assurément un engagement se prépare,  car il  peut être selon, le théâtre d’une cohabitation prolongée entre le meilleur des autochtones, et le pire des allogènes, ou l’inverse … en cela s’il faut que les Maliens conservent une chose de cette douloureuse déchirure, c’est l’attachement à la Paix, la vraie. Celle qui n’amènera pas a des exactions arbitraires entre populations civiles, celle qui ne confortera pas les militaires dans leurs pratiques surannées de la torture et de la violence … une paix juste et durable, qui fera dire au peuple Malien, qu’il est un et ne veut plus qu’il en soit autrement.

Dans ce sens, l’on peut méditer l’intervention des pays tiers dans le conflit Malien, en analysant bien la nature des acteurs et en mettant en relief les intérêts politiques qu’ils peuvent en tirer en interne.   A l’instar de François Hollande plébiscité pour son autoritarisme dans la gestion de la crise Malienne, Paul Biya se serait il montré sous son meilleur jour s’il avait choisi de rompre avec  la tradition isolationniste Camerounaise ?   Si la solidarité Panafricaine peut instituer la fraternité dans la guerre, elle devra demain, s’effacer pour laisser les Maliens faire la paix entre-deux.

Qu’est ce qu’y gagneront les populations des pays tiers ? A priori, rien si ce n’est la paix d’un bon voisinage et … souhaitons-le,  que les dirigeants Africains prennent date de cette crise, pour réformer leurs armées et prévenir les crises sociales avec plus d’acuité.

 

Citation

« Ainsi, celui qui désire la paix devrait préparer la guerre. Celui qui désire la victoire devrait entraîner soigneusement ses soldats. Celui qui désire des résultats favorables devrait combattre en se fiant à ses habiletés et non à la chance. »

— V

d’Artagnan

« Si vis pacem, para bellum», le choix d’une paix de raison.

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