Coupe d’Afrique des nations (CAN). Ces temps ci, il est difficile de prononcé ce nom sans provoquer les rires et autres regards qui s’en remettent au ciel. Il faut dire que les circonstances ne sont clairement pas favorables. Depuis quelques éditions, la grande fête du football africain n’en est plus véritablement une alors que, paradoxalement, l’organisation de la compétition se professionnalise de plus en plus. Depuis quelques éditions, rien ou presque ne se passe comme prévu. A croire que la Confédération africaine de football (CAF) est frappée d’un mauvais sort.

Il est d’usage de dire qu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Malheureusement pour la CAF et pour les amoureux du ballon rond, nous pourrions retourner l’adage et affirmer que pour le monde du football africain, une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule. Nous avions déjà senti le souffle du boulet passer très près de la manifestation sportive à l’occasion des éditions de 2010 , 2012 et 2013. Pourtant, tout partait d’une excellente décision de la CAF. Alors que les 26 éditions précédant la CAN 2010 avaient vu certains pays comme l’Egypte et le Ghana – 4 fois pays hôte chacun – tirer leur épingle du jeu, la CAF était bien décidée à profiter de la nouvelle décennie pour dépoussiérer la compétition, notamment en confiant l’organisation à des pays qui ne l’avait rarement voire jamais accueillie. C’est ainsi que l’Angola a hérité de l’édition 2010.

Toutefois, la CAN 2010 sera à jamais liée à l’attaque du bus transportant l’équipe togolaise lors de sa traversée de l’enclave du Cabinda. Un attentat qui a couté la vie à deux personnes ; Amélété Abalo, entraineur adjoint et Stan Ocloo, chargé de la communication et qui a blessé deux joueurs ; le défenseur Serge Akakpo et le gardien de but Kodjovi Dodji Obilalé. Cet attentat restera une tache indélébile au même titre que le traitement de l’affaire par la CAF qui en a choqué plus d’un. L’équipe togolaise rentrée à Lomé n’excluait pas de revenir jouer le tournoi dès la deuxième journée. La CAF ne lui en laissera pas l’opportunité, l’éliminant de la compétition au motif d’interférence politique de la part du gouvernement togolais. Jusqu’à maintenant cette décision est reprochée à la CAF. Il lui est reproché un manque d’humanité et de privilégier les intérêts financiers.

Une partie de l'équipe de Zambie victorieuse de la CAN 2012

Une partie de l’équipe de Zambie victorieuse de la CAN 2012

Selon bons nombres d’observateurs, l’édition 2012 s’annonçait catastrophique. On nous a dit que les pays n’étaient pas prêts, qu’ils n’avaient aucune expérience dans l’organisation de grands évènements, j’en passe et des meilleurs. Malgré ces oiseaux de mauvais augure qui prévoyaient un échec cuisant, ce fut une édition de bonne facture sur et en dehors des terrains. L’organisation des deux pays n’a souffert d’aucun couac majeur. La joie fut de courte durée lorsque la crise libyenne a forcé la CAF délocalisé la CAN en Afrique du Sud. Aujourd’hui c’est encore le cas. Après des semaines de tergiversations, exit le Maroc. L’évènement aura lieu en Guinée Equatoriale. Contrairement à la CAN 2013 pour laquelle les motifs étaient incontestables, le risque sanitaire avancé par les autorités marocaines semblent cacher des raisons beaucoup moins évidentes ; mais qu’importe.

Cette nouvelle mésaventure écorne une fois de plus l’image de la CAF au moment où elle s’en passerait bien. La professionnalisation des compétitions a apporté plus de sponsors, plus de partenaires, plus de notoriété. Les enjeux se sont multipliés. Mondialement la côte du football africain ne cesse de croitre. Le revers de la médaille c’est qu’en empruntant ce chemin qui vise à standardiser et internationaliser le football africain et par la même occasion sa compétition phare, la CAF retire peu à peu le charme et l’unicité qu’avait la compétition. Son « amateurisme » avait quelque chose d’attachant qui plaisait au public africain, sur le continent et dans la diaspora. La CAN était vécue comme une sorte de tournoi inter-quartier ou championnat scolaire mais à l’échelle du continent. C’était une fête africaine plus qu’un évènement sportif. Alors bien sûr la situation n’est pas encore alarmante, les amoureux du ballon rond sont toujours très nombreux. Mais il suffit de se balader dans quelques villes du continent ou dans les quartiers où se retrouvent les communautés africaines en occident pour entendre des discours nostalgiques qui fustigent la « perte d’identité de notre football ». Fini les fantaisies et place au football rationnel. Le coupable de cela est tout trouvé pour ces mélancoliques, c’est la CAF. Elle a cédé au foot business. Bien que la victoire de la sélection Zambienne vienne quelque peu contredire cette théorie, les idées sont arrêtées. La CAF est coupable.

La réponse à cette accusation ne viendra que de nos artistes du ballon rond. Gageons que nous aurons un beau spectacle sur le terrain, à défaut d’avoir une préparation de tout repos. Seul le terrain pourra accorder un peu de répit à la CAF car en ce qui concerne sa crédibilité et la confiance elle, nombreux sont ceux qui les remettent en cause et à ce rythme, « ce sera mortel pour le football africain »*.

Boniface Duval

E-mail : [email protected] 

Twitter : @BonifaceDuval

 

Citation

*« Nous sommes en Afrique, nous connaissons notre continent mieux que quiconque. Une fois que l’on reporte une épreuve de ce genre, c’est tout le monde qui risque de s’engouffrer dans la brèche du report. Au final nous ne serons plus crédibles, nous ne pourrons plus organiser quoi que ce soit. On va heurter nos sponsors, on va heurter nos partenaires et c’est tout le monde qui aura des arguments comme « nous ne sommes pas prêts etc » et c’est la CAF qui va payer les pots cassés. Nous ne pouvons pas signer notre arrêt de mort car si nous reportons cette compétition, ce sera mortel pour le football africain. Or nous avons pendant 57 ans bâti cette maison qui aujourd’hui fait la fierté de tous les Africains. Ils ont cette fête tous les deux ans et il n’est pas question de laisser qui que ce soit détruire cette oeuvre que nous avons patiemment construite. »

Issa Hayatou, Président de la Confédération africaine de football (CAF)

Grand Angle : L’épisode précèdent

Vite, sauvons la CAN!

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