Sur le coup je n’ai pas compris pourquoi tata m’avait dit ça mais je n’allais pas tarder à le savoir.

Tout le monde (y compris moi) a sursauté quand la sonnerie a retenti. C’était le fameux tonton. Indira est partie ouvrir pendant que nous l’attendions debout dans le salon.

Grand, très mince, les traits fins et vêtu d’un bazin violet-noir il est rentré avec beaucoup de prestance dans la pièce.

Il n’a pas beaucoup parlé, d’ailleurs si ma mémoire est bonne il a juste dit une phrase du genre “Bonsoir tout le monde, nous avons fait un bon voyage”.

Il était accompagné de deux jeunes gens : une jeune fille et un jeune homme.

La fille devait avoir mon âge ou un peu plus. Elle est restée en retrait le temps des salutations jusqu’à ce que tonton la présente: « Voilà Assita, elle vivra ici ».

Elle semblait gênée, comme si elle n’était pas à sa place.

Et en montrant le garçon : « c’est Ali, il repart avec moi dans trois jours. ». Le jeune n’a même pas daigné nous regarder.

Ma grand-mère m’a dit un jour que pour connaitre quelqu’un il ne faut pas se fier à son attitude dehors, en société, il faut le voir chez lui, vivre avec lui. Elle avait raison la vieille.

.Je commençais à comprendre pourquoi les gens de cette maison craignait le tonton. Ce n’était pas quelqu’un d’imposant, loin de là, mais sa présence était remarquable .Il ne parlait pas fort mais tellement lentement et doucement que ça en devenait bizarre.

Il ne souriait pas, ne riait pas et parlait à peine.

Tata était devenue une autre personne, très tendue et triste elle a quand même servi le repas et a demandé des nouvelles de sa belle-famille, sans réponse.

 Nous avons mangé dans un silence total et tata a proposé à la jeune fille de s’installer dans la chambre où j’étais.

C’est à ce moment-là, je suppose, que tonton a réellement remarqué ma présence. Il m’a regardé, a regardé sa femme et est parti.

Tata a alors rajouté : « Fatimé, tu vas dormir avec Indira ».

Je commençais à avoir peur et l’atmosphère de cette maison était (et c’est un euphémisme) pesante. S’il fallait la décrire sur un tableau les couleurs dominantes auraient sûrement été le gris ou le noir. Bref.

Jusqu’à ce qu’Indira et moi nous rentrions nous coucher je n’avais pas vraiment compris ce qu’il se passait. Elle m’a dit en chuchotant : « Fatimé, cherches toi un studio parce que ça risque de ne pas être très drôle ici.Ca fait des mois que papa parle d’épouser une deuxième femme et je crois bien que c’est elle. Moi je vais aller vivre chez Majda à partir de demain ».

Majda c’est sa grande sœur, l’ainée des filles.

Je me suis alors rendue compte que j’avais assisté à une scène à laquelle je n’aurais pas dû assister et si tata avait deviné ce qui allait se passer aujourd’hui elle m’aurait laissé prendre ma colocation.

Le linge sale se lave en famille et clairement j’étais de trop.

 Je n’ai pas réussi à dormir et les sanglots de tata toute la nuit ne m’ont pas aidé non plus.

J’étais décidée à partir d’ici trois jours.

La tension, l’atmosphère, le fils qui ne voulait pas voir son père, la mère qui m’a dit de dire que je ne vais pas rester longtemps, la jeune fille gênée etc. C’était donc pour ça?

Vraiment, j’ai été de trop…

Janice-Fatimé”

Mlle T.

E-mail : [email protected] 

Twitter : @missytari

Les aventures de Janice-Fatimé : L’épisode précèdent

Il y a comme un malaise…

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