Plus de 6 millions de morts; 1,5 millions de déplacés; 200 000 femmes violées.

En quelques chiffres, voilà la tragédie qui se déroule depuis 15 ans en plein cœur de l’Afrique, dans l’indifférence totale.

Depuis 15 ans, le monde est passif face à la rédaction de l’une des pages les plus sombres de l’Histoire de l’humanité.

Depuis 15 ans, le conflit s’enlise, se radicalise.

Les accusations sont nombreuses, les solutions trop rares.

D’aucuns avancent une explication simpliste voire manichéenne; le territoire serait attaqué par les pays frontaliers, le Rwanda en tête.

D’autres veulent complexifier outre mesure la situation en actant que le nord et le sud Kivu seraient des zones de non droit où de nombreuses factions – légales ou non – se disputent le contrôle. En référence à ce chaos et à cette absence d’Etat, on nous parle d’une «somalisation» de la région.

A dire vrai, les faits tendent à démontrer que les deux théories sont entremêlées.

Oui les pays limitrophes sont attentistes, sinon complices.

Et oui, l’Etat congolais est faible. Si faible qu’il est aujourd’hui clair que son administration peut difficilement contrôler la totalité de son territoire.

Au-delà de tous les débats qui se tiennent pour expliquer, tant bien que mal, pourquoi nous en sommes arrivés là, j’aime à penser que nous devons plutôt nous pencher sur les solutions que nous pouvons apporter.

Dans cette période trouble, la sérénité a quitté bon nombre de nos frères pour les plonger dans la peur et la haine de l’autre.

Les nationalismes – pour ne pas dire tribalisme – sont exacerbés, au risque de mener à l’autodestruction régionale.

 A l’échelle nationale, l’Etat congolais – aidé par des partenaires internationaux sincères et crédibles – doit massivement reprendre possession du Nord et du Sud Kivu. Non seulement en sécurisant la zone géographique mais, plus encore, en veillant à répondre aux besoins essentiels au quotidien (Education, soin, infrastructures…).

En créant les conditions adéquates, la population pourra se réapproprier son territoire, d’autant plus que le dynamisme citoyen et militant n’est plus à démontrer dans ces deux provinces que sont le nord et le sud Kivu. Malgré une situation périlleuse, des citoyens -dont le gynécologue  Dr Mukengwe est devenu le symbole – refusent le fatalisme et sont en première ligne pour pallier les carences démontrées tant par l’Etat que par les organisations internationales.

D’un point de vue régional, la mise en place effective d’une véritable politique d’intégration régionale semble plus que jamais urgente.

Une ambition ancienne puisqu’en 1976 déjà le Burundi, le Rwanda et le Zaïre créaient la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL). Avec cette institution,  ces derniers optaient pour une intégration économique et une coopération transfrontalière.

Concrètement, en plus du contrôle commun des frontières et de la libre circulation des personnes et des biens, ces trois Etats collaboraient étroitement dans des domaines allant de l’énergie à la justice en passant par la police et le développement.

Autant dire qu’il s’en est fallu de peu pour ne former qu’un seul et même pays.

Depuis les années 2000, la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) a repris le flambeau avec sensiblement les mêmes ambitions. Malheureusement, à l’instar de sa grande sœur, les accomplissements de cette institution tardent à se faire voir.

Quid de la jeunesse? De ces deux points, elle est, ni plus ni moins, l’épine dorsale. Puisque la région souffre principalement d’une peur panique du lendemain et de l’étranger, en bâtissant une jeunesse indépendante et capable de se projeter dans l’avenir non seulement dans son propre pays mais aussi dans un ensemble régional, on en fait aujourd’hui les premiers artisans de paix.

Quid de l’accord qui vient d’être signé? Insuffisant voire stérile! Privilégions un dispositif qui place les acteurs locaux au cœur de la démarche et qui ne soit pas uniquement coercitif. Il est évident que cela participera grandement à la prise de conscience collective et internationale. Car, l’une des conditions primordiales pour y arriver est d’avoir une Afrique indignée à l’unisson des horreurs dont est victime la population civile. Il nous faut apprivoiser ce conflit et nous approprier la lutte pour en finir avec l’effroyable tragédie.

Ainsi œuvrerons nous à «faire régner, non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des cœurs et des bonnes volontés.»

Boniface Duval

E-mail : [email protected]

Twitter : @BonifaceDuval

 

Citation

« Nous allons faire régner, non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des coeurs et des bonnes volontés.

Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter, non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque jour qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique, quelle qu’elle soit.»

Discours du Premier Ministre Patrice Emery LUMUMBA, 30 juin 1960

Kivu (RDC), la paix des cœurs et des bonnes volontés

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