Si Nollywood est sans conteste le théâtre de ce que le cinéma Africain développe de plus abouti en terme de productions,  ne demeure –t-il pas moins vrai qu’une frange importante de son cinéma est également critiquée pour sa qualité ?   Ce cinéma est-il prêt à être exposé au grand public ?

C’est l’air grave mais yeux dans les yeux que Serge répond à cela, non pas surpris :  « Evidemment il y’a des films de piètre qualité qui sont loin de faire honneur aux chefs d’œuvre que produit ce cinéma, mais il ne faudrait pas que les perles ou joyaux cinématographiques qui s’y développent, soient victimes de la mauvaise presse. Il est vrai qu’il y’a une production excessive dans cette industrie, classée 2e productrice mondiale, et évidemment les bons films sont parfois noyés dans la masse.

Notre but est donc de permettre lors de la Nollywood Week, au grand public, de toucher aux productions de qualité, afin qu’elles puissent se différencier et définitivement émerger. A terme nous voudrions permettre un accès du plus grand nombre à ce que l’on appelle désormais le « New Nollywood », portée par cette nouvelle génération de cinéastes ambitieux et désireux de porter en lumière des projets de qualité.

La plupart des réalisateurs de l’industrie sont des autodidactes ne l’oublions pas, et beaucoup font face a des problèmes de financement, des déficits de savoir technique qui se traduisent dans leurs réalisations … nous voulons balayer tous ces a priori négatifs.  L’image de Nollyvwood n’est pas juste car avec 2000 productions par an, il est normal qu’il y’ait beaucoup de déchets, mais si l’on fait le parallèle avec Hollywood par exemple, il y’a beaucoup de navets qui ne valent pas la peine que l’on aille les voir au cinéma… pour autant personne ne punira Hollywood de produire cela, car elle a déjà développé une image de marque globale et c’est ce travail qu’il nous faut faire pour Nollywood.

Il y’a de mauvais films, de moins mauvais, des bons et des très bons et c’est ainsi partout, voilà pourquoi nous à Nollywood Week, l’on ne montrera que les bons films»

2000 films par an, soit près du triple du nombre de productions Américaines, autant dire que cela fait un large panel pour présenter au public ce qui se fait de mieux. Alors, comment s’est fait le choix des films ?  « Effectivement c’est un vrai défi, et voila pourquoi pour cette première édition, exceptionnellement nous allons présenter des films courant sur les années 2010, 2011, 2012… mais à l’avenir nous comptons exposer les productions de l’année antérieure à l’évènement.

Le but vous l’aurez-compris, étant de coller au maximum aux évolutions de ce cinéma.  Nous avons choisi de présenter un nombre relativement limité de films ( Découvrez les films ici : http://www.nollywoodweek.com/fr/about/les-fictions/) ce, afin que le spectateur ne soit pas noyé dans la masse et qu’il puisse se former un avis , s’approprier une idée qui ne soit pas diluée par le trop grand nombre. 

Programme de la Nollywood Week

Programme de la Nollywood Week

Chacun de ces 7 films sera projeté 2 fois, et le public votera en attribuant des notes, en faveur des meilleurs films, sachant que le meilleur d’entre eux sera rediffusé une 3e fois, lors de la clôture de l’évènement. Bien sûr  malgré le nombre restreint de films proposés, nous avons voulu ouvrir un large éventail de choix quand aux thèmes privilégiés de ce cinéma, ainsi nous retrouverons différents genres allant aussi bien de la comédie qu’au thriller.

Cette sélection est certes subjective, elle n’engage que nous, mais je puis vous assurer qu’elle aura été rigoureuse, puisque chacun des films qui vous seront proposés, a été sélectionné au sortir d’une présélection effectuée a partir de divers indicateurs tels que les nombres d’entrée en salle, critiques etc … nous avons évidemment fait attention à ne conserver que des films disons « exportables » en France, car d’autres à cause de la différence culturelle, pourraient choquer ou manquer leur cible »

STOOOOOOP !!!! Nombre d’entrées en salle ? Donc, le cinéma Nigérian est comme à l’exemple de ce que l’on vit partout ailleurs en Europe, diffusé dans des salles de cinéma ? Plus prosaïquement, cela veut dire que contrairement à la pénurie que vivent nombre de pays d’Afrique Francophone en termes de salles de cinéma, le Nigéria lui en a conservées ?

Serge s’il te plait, vas-y doucement explique nous tout : « On ne peut pas parler des succès commerciaux que connaissent les productions locales sans énoncer la dynamique de constructions de salle qui a été impulsée au Nigéria. C’est je crois un parallèle important avec ce qui se passe en Afrique francophone, où les cinémas ont laissé place aux églises évangéliques, parkings et autres (rires). 

Au Nigéria, il faut dire que grâce à l’engouement populaire pour le cinéma et les films du terroir, de nombreuses salles de cinéma ont ré ouvert ou construit des multiplex à Lagos, Abuja, Port Harcourt etc … ces salles là ne sont pas construites que pour diffuser des films locaux, mais en plus des films Américains, elles permettent aux spectateurs de voir sur grand écran, des productions locales.

Alors, pour passer sur grand écran, compte tenu du nombre limité de films pouvant prétendre à passer en salle, les standards techniques ont été revus à la hausse, ce qui fait que seuls les films relevant d’une certaine maturité technique peuvent prétendre à être présentés en salle, au grand public. Nollywood avant n’était accessible que via les CD vendus au marché, or maintenant l’engouement populaire qui entoure ce cinéma, ont permis aux grosses productions, diffusées en salle, de réaliser des succès commerciaux importants. 

Genesis Deluxe Cinemas- Enugu, Polo Park Mall

Genesis Deluxe Cinemas- Enugu, Polo Park Mall

Prenez par exemple le film « Ijé » (http://www.nollywoodweek.com/fr/speaker-lineup/ije/) sorti en 2010, il demeure au jour d’aujourd’hui le film de tous les records au Nigéria, c’est un peu le film « Intouchables » des Nigérians (rires) ».

A l’époque son succès était tel que même des productions américaines sorties en même temps comme Batman, avaient fait beaucoup moins d’entrée. Il y’a un vrai Box-office, avec des données importantes en terme d’entrées , un vrai réseau de salles (environ 50 salles multiplex dans le pays)»

D’accord il y’a des salles de cinéma au Nigéria et en plus elles sont pleines, d’accord les films se vendent bien, d’accord le cinéma Nigérian est en extension… mais au fait, pourquoi les gens achètent ou vont voir des films Nigérians ? Pourquoi l’Afrique entière sur le Continent ou dans la diaspora, est « accro » à Nolyywood ?

« Les premiers réalisateurs de Nollywood, avaient à cœur de parler « aux siens », ils voulaient plaire au public, le divertir était leur seul objectif, or comme dans beaucoup de pays Francophones encore (rires) le cinéma ne remplit pas cette fonction là malheureusement, il est en décalage car il est pensé pour satisfaire aux attentes extérieures notamment via les festivals… alors le public a fini par s’identifier à ces réalisations. Dès le tout premier film dans les 90’s (92), le succès a immédiatement été au rendez-vous, le public a tout de suite accroché et c’est comme cela que progressivement un « star system » s’est crée et a permis de fidéliser l’audimat, qui lui s’identifie à ceux et celles qu’ils voient à l’écran »

Quand on y pense, je sais pas pour vous mais,  c’est clair que le cinéma francophone a carrément l’air d’avoir été pensé avant tout pour être diffusé lors de festivals, tandis qu’a contrario, ce que le cinéma Nigérian réussit le mieux, c’est de faire sentir chacun de nous, représenté, dans le statut social, la culture et même le langage exprimé … justement, le Pidgin Nigérian d’accord certains le comprennent mais est ce que ce n’est pas un handicap à l’exportation de ce cinéma ou au contraire, faut il penser comme p-Square et D’Banj, que cette langue est le véhicule naturel par lequel la culture Nigériane pouvait s’affirmer ?  « La langue est un facteur extrêmement important de la culture Nollywood, même il y’a des films en Anglais, en yoruba, ou en pidgin plus majoritairement. Après il faut dire qu’il y’a différents publics et chacun peut y trouver son compte. Toutefois, la tendance aujourd’hui est il est vrai à une recherche d’authenticité, car les gens se disent que la manière dont les gens parlent, s’expriment, se comportent, doit leur ressembler …ainsi certains s’insurgeaient que les acteurs parlent un anglais trop châtié, bien loin du langage courant de tous les jours. De fait les gens  ont un vrai appétit pour les films les plus naturels et disons les plus proches possibles de la réalité, donc souvent exprimés entre le pidgin et l’anglais avec des interjections en dialecte etc …  l’authenticité est un élément qui a compté dans notre sélection même si il faut le dire  c’est une tendance encore très récente».

Propos recueillis par Boniface Duval et d’Artagnan

Article rédigé par d’Artagnan

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À lire sur ce sujet 

(2/3) La Nollywood Week, l’ambitieux pari de Serge Noukoue, d’offrir une visibilité différente aux Cultures Africaines

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