L’authenticité en plus de la quantité, est ce bien tout ce qui caractérise Nollywood aujourd’hui ? Par rapport au x autres cinémas Africains ou a Hollywood ?   «  Le premier élément de différenciation avec Hollywood  est la faiblesse des budgets, Nollywood par rapport à Hollywood, a été crée pratiquement sur la base d’un système de débrouille. Certes aujourd’hui il y’a de plus en plus d’organisations de réalisateurs et d’acteurs professionnels, mais il faut se souvenir qu’au début il  s’agissait de productions spontanées … aujourd’hui encore cela reste présent,  il y’a un coté très …. (il claque des doigts) puisque l’on tourne plus rapidement qu’à Hollywood ou Bollywood,  parfois plus dans la rue qu’en studio d’ailleurs.  C’est un cinéma qui faute de moyens, a du développer  beaucoup de créativité mais bon vous savez  quand un film rencontre du succès,  il est immédiatement copié par d’autres (rires). Nollywood comme les autres cinémas , cherche avant tout le succès commercial, et les réalisateurs Nigérians sont fondamentalement  perturbés par cet objectif de rentabilité commerciale, tandis qu’a Hollywood, ce sont plutôt les studios qui prennent en compte tous ces aspects …  les réalisateurs  Nollywoodiens, eux doivent déjà rentrer dans leurs frais le plus rapidement possible et évidemment générer des profits.                                                                                   

 Par rapport aux autres cinémas Africains, l’élément primordial est que ce cinéma lui a été pensé pour plaire au public national et pour dire, il n’était même pas destiné a l’exportation, c’était un modèle économique pensé vers le local, qui suite aux succès rencontrés auprès de la diaspora, s’est ouvert. Nollywood n’a pas de thèmes préétablis, les films aprlent aussi bien d’actualité que des thèmes sociaux, tout en gardant à l’esprit le souci des gouts populaires. Entre autres thèmes privilégiés ayant fait le fond de commerce de cette industrie, la sorcellerie, l’adultère, le crime, la religion … mais bon aujourd’hui il y’a une vraie diversification des thèmes abordés. Prenez par exemple un des films que nous allons présenter, « Last flight to Abuja » (http://www.nollywoodweek.com/fr/speaker-lineup/aller-sans-retour/) il porte sur une histoire vraie, mais raconte un crash aérien, ce qui est quand meme atypique, tout comme « Phone Swap » (http://www.nollywoodweek.com/fr/speaker-lineup/phoneswap/) ou « Man on ground » http://www.nollywoodweek.com/fr/speaker-lineup/man-on-ground-2/), tourné par le réalisateur Nigérian Akin Omotoso, basé en Afrique du Sud, qui a décidé de raconter la xénophobie et les tensions sociales entre Sud-Africains noirs et populations Africaines étrangères.  C’est un thème qui est loin d’être classique»

Quand on sait que le Nigéria est la plateforme de contrefaçon la plus développée en Afrique, comment est ce que ce cinéma a pu survivre ?

Serge Noukoué, Co-fondateur de la Nollywood Week

Serge Noukoué, Co-fondateur de la Nollywood Week

« La contrefaçon est un réel problème au Nigéria, de fait, résister à la contrefaçon demeure (pensif)… bref, les réalisateurs ont compris qu’il fallait travailler main dans la main avec les pirates, et sont parvenus à des « arrangements », aussi si un film sort et qu’il touche rapidement une grande masse de spectateurs, il est clair qu’il va être contrefait, mais bon les réalisateurs font de plus en plus attention a ne pas se faire voler leur film, grâce a la protection des données via des logiciels et supports spécifiques»

Comment un pays comme le Nigéria est il parvenu à fabriquer « ses stars de cinéma » ?

Les acteurs vivent ils vraiment de leur art ?

« Concernant le « star-system » Nollywoodien, il y’a beaucoup de stars c’est vrai, mais le modèle est calqué sur celui d’Hollywood. Vu que le cinéma s’adresse directement aux masses, à des buts commerciaux,  il y’a un vrai travail de marketing qui est effectué. Ce sont souvent les mêmes acteurs qui sont réutilisés, mais il faut savoir qu’ils sont globalement très bien payés. Parce que les stars coutent chers, des mécanismes novateurs ont été développés pour assurer  la pérennité de ce cinéma, ainsi de plus en plus de films  sont réalisés en partenariat sponsoring avec des sociétés privées de télécommunication, banques etc …  et parfois lorsque le  producteur n’est pas capable d’assurer toutes les dépenses de productions telles que le cachet des acteurs, les sponsors vont prendre le relais soit via des prises en charge financières, soit matérielles, ce qui peut aller jusqu’à l’octroi de véhicules, maisons etc … Il faut dire que pour se payer des acteurs comme Genevieve, il faut parfois pas moins de 25 à 30 000 $ par film.  Pour des films  généralement tournés en 2 semaines, vous comprenez que c’est pas mal payé, surtout que ces acteurs sont ensuite réutilisés dans d’autres films.  Les modèles économiques ne sont pas faciles à trouver du reste, et souvent pour vendre un film les producteurs en sont réduits à devoir présenter dans leur casting, une star au minimum »

La musique on avait compris que ca allait finir par totalement leur appartenir, le cinéma aussi ?

Bon,  la Nollywood Week, n’est ce aps un peu le sacre du règne continental du Naija-land ?

«  (rires) Nooon, je pense qu’il faut surtout y voir un modèle qui a des défauts et des qualités, mais qui mérite  d’inspirer des pays comme le Cameroun (rires), la Cote d’Ivoire et bien d’autres… nous voulons susciter une émulation, pour que nos pays puissent exister en tant que producteurs de culture. On le voit le Nigéria a réussi grâce à p Square et tous  les autres artistes Nigérians, à changer à eux seuls l’image du pays, le Nigéria donne beaucoup plus envie aux investisseurs et aux touristes, qu’avant. Economiquement parlant, il y’a toujours des retombées positives derrière une valorisation de sa culture à l’exportation. Un exemple tout aussi emblématique nous vient de Corée, où l’artiste PSY, a réussi avec son Gnam Gnam Style, à nous démontrer combien les Sud Coréens attachaient d’importance à exporter leurs cultures. Dans ce pays l’on met beaucoup d’argent dans els séries, boys band, et même dans les mangas, pour toucher le plus grand nombre et faire en sorte que cela puisse produire dans le long terme. Ce qui est intéressant au Nigéria, c’est que Nollywood n’a pas été lancé par le gouvernement, mais parce qu’il a compris toute l’importance stratégique et les perspectives économiques qu’il y’avait derrière, il a décidé de s’impliquer comme c’est le cas en France, dans l’industrie du divertissement. Il y’a peut être un aspect de domination, mais pour conclure les autres pays Africains peuvent et doivent prendre exemple sur cet intérêt pour le « soft-power », en développant leurs propres atouts »

Pour en savoir plus sur :

Sur Nollywood :

http://www.thisisnollywood.com/nollywood.htm

Propos recueillis par Boniface Duval et d’Artagnan

Article rédigé par d’Artagnan

email : [email protected]

À lire sur ce sujet 

(3/3) La Nollywood Week, l’ambitieux pari de Serge Noukoue, d’offrir une visibilité différente aux Cultures Africaines

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