“Je te reviens après ce temps d’absence où j’ai été malade.

Malade et comme souvent ici,seule même s’il faut le reconnaitre j’ai aussi des amis formidables qui tentent de s’occuper de moi.

Pour ce qui est de l’histoire avec tata,Finalement je suis partie de chez elle deux jours après l’arrivée de son mari.Les soupçons de Indira se sont révélé exacts: Tata venait d’avoir une co-épouse qui aurait pu être sa fille.

Vraiment… Ca n’arrive pas qu’aux autres. Aux dernières nouvelles, la jeune fille a fait une fugue il y’a deux ans et est retournée chez ses parents. Tata n’est pas rentrée dans les détails mais elle avait l’air plus heureuse et c’est ce qui m’importe.

Je t’écris très fatiguée et ça me fait repenser à la première fois où je suis tombée malade ici.

Notre plus grande richesse est notre santé, vraiment.

Je suis tombée malade plusieurs fois chez mes parents mais c’est autre chose de tomber malade seule dans son 15mètres carré. Les gens n’imaginent pas qu’on puisse se retrouver seule avec sa seule volonté et sa seule force pour faire face à son mal quand en Afrique, ta maladie est l’affaire de tous.

Je suis rentrée des cours vers 20h et je prévoyais de me faire à manger et travailler un peu.

Ce soir là je n’ai ni mangé, ni ouvert mon ordinateur.

Une migraine comme je n’en ai jamais eu, des maux de ventre intenses et cette envie de vomir… Et personne avec moi.

J’ai pensé appeler une amie qui habite à 5 stations mais je ne voulais pas la déranger et surtout nous n’etions pas si proches que ça. Mais de qui étais-je proche dans cette ville?! Qui pouvait quitter son chez lui pour venir m’aider, moi?! Qui n’habitais pas trop loin?!

Je n’oublierais jamais cette soirée. Des noms défilaient dans ma tête mais je ne savais pas qui appeler.

Je suis en France mais j’ai appelé ceux qui étaient capables de tout pour moi, ceux dont j’étais sûre.

Je n’aurais pas dû. J’ai limite déclenché une bombe.

Ma mère était paniquée, j’ai même entendu mon père dire à maman d’une voix très inquiète de se calmer mais elle n’y arrivait pas.

Au final, c’est ma tante qui a appellé ma cousine qui habitait en banlieue lointaine pour lui dire d’aller voir ce que j’avais. Ce souvenir est un peu douleureux pour moi mais parmi les embûches sur mon chemin, cette solitude dans la maladie m’a affecté. Je dois tout de même admettre que ça m’a aussi appris à m’occuper de moi, à  aller consulter pour le moindre bobo, à faire plus attention. Les “take care” en fin de conversation prennent tout leur sens désormais.

Si je n’étais pas tombée malade je n’aurais jamais évoqué cet épisode dans mes lettres parce que je suis comme tous les êtres humains : ingrate.

C’est quand on ne l’a pas qu’on connait l’importance de la santé.

Autre chose me traverse l’esprit. Nous autres africains devons très vite faire quelque chose pour améliorer l’accès aux soins dans nos pays.

Je ne suis pas chez moi en France mais les trois fois où je suis allée aux urgences ici je n’ai  jamais payé un seul centime avant que l’on me soigne.

Il faut reconnaitre ça à ce pays, il assiste.

Chez moi, combien de mes compatriotes sont morts et meurent encore parce qu’il n’ont pas pû payer les soins qui leur étaient indispensables?!

C’est vraiment très triste… La santé est la plus belle des richesses. Sans elle, les autres richesses ne peuvent exister mais avec elle nous pouvons tout faire, tout avoir.

Pensons à ces morts évitables parce que j’estime qu’effectivement c’est Dieu qui donne la vie et lui qui la reprends mais mettons les chances de notre coté pour vivre le plus longtemps possible. Quelqu’un qui meurt par manque d’argent, par manque de soins alors celui la, sa mort pouvait etre evitée.

Je ne suis pas longue aujourd’hui malgré mon besoin de rendre hommage à ce trésor qu’est la santé.

Ils ont raison ceux qui disent qu’il faut souffrir seule pour grandir.
J’ai davantage d’admiration et de respect pour tous ces etudiants solitaires qui se battent jour après jour parce que honnetement,il en faut du courage.

Janice-Fatimé”

Mlle T.

E-mail : [email protected] 

Twitter : @missytari

Les aventures de Janice-Fatimé : L’épisode précèdent

La santé, ce bien précieux…

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