Le quai d’Orsay recommande aux ressortissants français de ne plus se rendre dans la région du Sahel. Depuis 2008, les Français font l’objet de convoitise des groupes islamistes installés dans la région. Les principales organisations,  telles que : Al Quaida au Maghreb Islamique (AQMI) ; le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) au Mali; Boko Haram au Nigéria et Al-Shabaab en Somalie, cherchent toutes à atteindre les pays occidentaux à travers leurs ressortissants. Et en particulier la France.

Mais pourquoi?

Comment les Français qui jusqu’à cette date pouvaient travailler, vivre tranquillement dans cette région sont devenues les cibles privilégiées de ces groupes?

La protection dont bénéficiait la France grâce à son refus de participer à la guerre en Irak est bien révolue. L’interdiction du port du voile intégral dans les espaces publics ainsi qu’un déploiement dans les forces de l’Otan sont des exemples ayant constitués assez d’éléments légitimes aux yeux des islamistes pour justifier l’accroissement de leurs ennemis.

Source : L'amiral

Source : L’amiral – http://fouettard.wordpress.com

Les attentats « à la Ben Laden » comme ceux perpétrés le 11 septembre  2001 à Manhattan ou le 11 mars 2004 à Madrid sont de plus en plus difficile à réaliser et nécessitent beaucoup de moyens financiers. Ne possédant pas encore ces moyens d’envergure, Aqmi et compagnies se sont lancés dans une autre forme de persécution tout aussi efficace ; les enlèvements.

Les prises d’otages présentent le double avantage de marquer un grand coup médiatique mais aussi d’obtenir la réalisation des revendications escomptées, dans la majeure partie des cas.

Leurs exigences peuvent être diverses. Toutefois, ces groupes islamistes conditionnent, pour la plupart, la libération des otages à celle de leurs frères d’armes ou au versement d’une rançon assez élevée.

Les rares fois où ces prises d’otages ont eu pour revendication la libération de prisonniers issus de ces organisations terroristes cela s’est passé en Somalie. Notamment, lors de la prise d’otages de deux membres de la DGSE le 14 juillet 2009, suite à la capture de pirates somaliens arrêtés durant de la prise d’otage du Ponant en avril 2008. L’un de ces ex agents de la DGSE a pu s’enfuir, l’autre est mort après qu’une tentative de sauvetage ait échoué le 16 janvier 2013. La dernière revendication de ce type a été déclarée lors du rapt de sept membres d’une même famille dont quatre enfants au Cameroun le 19 février dernier.

Après avoir atteint leur objectif médiatique, l’autre motivation est d’ordre financier. Oui, la recherche du profit n’est pas exclue au royaume des djihadistes.

Ajoutons à cela, que les otages français sont ceux qui rapportent le plus d’argent.

Quand on sait que 13 millions d’euros ont été déboursés par la France afin de libérer ses otages en 2011 au Mali, il n’est pas difficile de s’imaginer que de tels actes criminels recommenceront. Rappelons tout de même qu’un Togolais et un Malgache ont été libérés en même temps que l’otage français.

Les Français tiennent leur statut de cibles privilégiées à cause de leur État. Toujours prompt aux négociations, bien qu’elle s’en défend, la France adopte une méthode douce visant à protéger coûte que coûte la vie de ses ressortissants. Quitte à alimenter financièrement ces radicaux.

Là se trouve le problème. Accepter ces transactions mène à un cercle vicieux. Certes, les otages sont libérés, en revanche les criminels devenus plus riches ont la capacité d’accroître leur force d’attaque et ainsi devenir encore plus puissants, menaçants.

Afin de pallier ce problème d’autres pays comme l’Algérie choisissent d’agir autrement. Ce pays maghrébin guerroie Aqmi bien avant que cette organisation n’existe sous cette forme en 2007. Elle l’a toujours combattue avec vigueur, ce qui n’est pas le cas des autres pays sahéliens.

Les enlèvements perpétrés dans cette partie du continent montrent les nombreuses carences en matière de sécurité dans les pays concernés. L’Algérie est le seul pays africain visé par ce problème qui a su réagir comme il se doit, lorsque des extrémistes ont pris en otage les employés occidentaux du site gazier de Tigentourine à In Anemas le 16 janvier 2013. Ainsi, le gouvernement algérien n’hésite pas à intervenir lui-même et refuse toute forme d’ingérence venant des pays dont étaient originaires les otages.

L’assaut de l’armée algérienne a entrainé des ripostes qui ont couté la vie à trente-sept ressortissants occidentaux et un Algérien. Vingt-neuf ravisseurs sont morts et deux ont été capturés.

Source : Hermann - tribune de Genève

Source : Hermann

Effectivement le bilan est lourd, mais l’Algérie a au moins le mérite d’agir là où les autres pays africains confrontés à ces enlèvements ne font rien, ou du moins, se refusent de faire autre chose qu’accepter de jouer les intermédiaires lors des négociations. Depuis que le Mali a accepté en 2010 de jouer les intermédiaires entre la France et les ravisseurs afin de libérer des otages, ce pays et ses voisins sont pris dans un engrenage qu’ils ne maitrisent plus.

Territoire immense, manque d’effectifs offensif et de matériels sont autant de raisons qui obligent ces pays à ne pas pouvoir agir. Que peut faire une armée qui s’entraine avec des balles imaginaires ?! Eternel impuissants, ces pays africains, en particulier le Mali, se résignent à accepter le rôle d’intermédiaire. Les rançons payées indirectement transitent entre les mains de ces gouvernements avant de terminer, en partie, aux extrémistes.

Ces mêmes motifs sont ceux qui poussent ces islamistes à s’y installer. Moins préoccupés par d’éventuelles mesures visant à les neutraliser, ces groupes ont plus de temps pour peaufiner leurs stratégies criminelles. Or, ces méthodes musclées sont les seules possibles et acceptables en ce qui concernent ces extrémistes pour leur passer l’envie de recommencer. On ne négocie pas avec tout le monde, l’action vaut mieux que mille mots avec ce type d’organisation.

D’après l’ancienne ambassadrice américaine au Mali, Vicki J. Huddleston, les Européens (Allemagne, Espagne, Autriche entre autres) auraient dépensé 66 millions d’euros entre 2004 et 2011 pour libérer leurs otages.

Si l’on souhaite que ces rapts cessent de devenir un business juteux pour djihadistes, il est temps que les Européens en général, la France en particulier, se désensibilisent et cessent de consentir à des négociations. Chose que l’Hexagone semble vouloir mettre en place. Mais au regard du profil des otages au Cameroun, il est peu sûr qu’il tienne ce cap. Par ailleurs, les pays africains ne doivent plus céder à quelconque pression en la matière et refuser toute forme de transaction visant à libérer ces otages.

M.D.K
e-mail : [email protected]

Le jeu malsain des enlèvements au Sahel

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