Maman a raison, il est inutile de juger ce que l’on ne connait pas.

Après la réponse de Djena, je ne suis pas sortie de la chambre de la soirée. Non pas parce que je suis trop sensible mais parce que je n’aime pas ne pas comprendre les choses et les gens qui m’entourent.Ca me rend nerveuse et irritable.

Le lendemain midi nous avons brunché avec les restes de la veille et l’ambiance était bonne, ce qui m’a remonté le moral.

Ce n’est que vers 18h que je suis allée chez ma cousine pour lui souhaiter « Bonne année » et assister au dîner qu’elle organisait le soir même. Il faut dire que Mounira est une excellente cuisinière donc je ne me suis pas privée.

Quelques jours plus tard, Djena m’a appelé pour me prévenir de son arrivée sur « mes terres » (c’est comme ça qu’elle appelait ma chambre d’étudiante). Ça tombait très bien parce que je souhaitais qu’elle m’explique avec ses mots sa situation. Quelle prétention de ma part !

Je ne voulais surtout pas paraitre intrusive d’autant plus qu’on ne se connaissait que depuis un mois mais je voulais comprendre.

Quand elle est arrivée, elle était comme d’habitude: Joyeuse et drôle mais moi, je ne riais pas de ses blagues et elle a senti que quelque chose me tracassait.

« JF, tu as quoi aujourd’hui? Tu es malade ou quoi? Tu fais ta tête de dépressive on dirait quelqu’un est mort! Ou bien tu veux que je m’en aille?!? »

Je lui ai répondu par la négative et me suis lancée :” Copine, je sais que c’est ta vie et tu en fais ce que tu veux mais ton histoire avec Marc André là je ne comprends pas. Il y’a quelque chose que tu ne me dis pas je pense”.

Elle a éclaté de rire : « Je savais que tu étais un peu folle mais de là à me poser des questions bizarres comme ça je ne m’y attendais pas! Tu ne comprends pas quoi Janice? Marc que tu vois comme ça, c’est mon sauveur ma sœur ! Tu as dû remarquer que je suis noire et qu’il est blanc non?!Il aime les filles noires, il trouve ça exotique et moi dès que je suis arrivée ici j’ai compris que pour m’intégrer et profiter un peu de la vie il me fallait un blanc. Les vieux ce n’est même pas la peine et Dieu a fait que je suis tombé sur lui donc voilà quoi… J’ai saisi ma chance au vol!! ».

Elle avait dit tout ça avec son éternel ton léger mais s’est mise à pleurer tout d’un coup! Je ne comprenais plus rien et ça me prenait la tête ! Pourquoi pleurait-elle ? Cette conversation n’avait aucun sens et je sentais la colère monter en moi !

Entre deux sanglots elle a réussi à me dire : « Ne me juge pas Janice. S’il te plait ne me juge pas. Je ne suis pas complexée mais j’ai toujours rêvé épouser un blanc et faire des petits métisses. Et ici en France, c’est mon moyen de me sentir comme tout le monde ».

Les mots sont faibles pour décrire mon sentiment mais une chose était sûre: Djena avait des problèmes, de gros problèmes même. Je n’ai pas compris son raisonnement mais peu m’importait parce que j’adorais cette fille et je ne voulais pas la mettre mal à l’aise donc j’ai changé de sujet.

Nous n’avons plus jamais reparlé de ça mais notre relation s’est dégradée. Nous nous voyions de moins en moins et c’est par une amie commune que j’ai appris son mariage avec Marc André l’été suivant. Mariage auquel je n’ai pas assisté parce que je n’y étais pas invitée.

Il y’a quelques mois j’ai reçu dans ma boite mail les photos de bébé Anaïs, leur fille à qui j’ai offert – comme pour me racheter – une gourmette gravée dessus « Le Trésor ».

Nous essayons  de nous écrire de temps en temps histoire de garder le contact mais voilà…

Elle a cru que je la jugeais, j’ai donné l’impression de la juger et nous nous sommes perdues comme ça. Je m’en suis beaucoup voulue parce que je n’aurais pas dû me mêler de ce qui ne me regardait absolument pas.

Aujourd’hui encore je regrette… Chacun voit la vie comme bon lui semble et aucune vision n’est meilleure qu’une autre. Elle avait fait son choix et parce que je n’aurais pas fait le même je lui ai donné l’impression d’être une donneuse de leçon.

Je repense souvent à sa joie de vivre, je la revois encore me dire ce jour-là au salon de coiffure : « Mais y’a quoi même?!?Si tu veux rire, faut rire non ! Tu te coinces comme ça pourquoi? Faut desserrer ta mine, personne n’est mort i sweaaaarr ».

Si un jour elle me lit, je lui demande pardon. Pardon d’avoir été aussi immature, de ne pas l’avoir comprise, pardon de n’avoir pas été une amie.

La véritable complexée ce n’était pas elle. C’était moi. Je pensais que les filles qui sortaient avec des blancs se reniaient, qu’elles n’étaient pas fières de la couleur de leur peau et qu’il y’avait forcément anguille sous roche.

Djena n’a pas confirmé mon idée mais elle ne l’a pas infirmé non plus.

J’ai fini par comprendre qu’il y’a des choses qui me dépassent et surtout, qui ne me regardent pas…».

Janice-Fatimé »

Mlle T.

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Twitter : @missytari

Les aventures de Janice-Fatimé : L’épisode précèdent

Parce qu’il est inutile de juger…

1 Comment

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  • Pierre-Eric Bama

    C'est joliment écrit! et je ne pense pas que ce soit un jugement de ta part Janice… Ce n'est pas non plus uniquement une question d'amour. Je crois que c'est beaucoup plus complexe et il faut tenir compte des réalités de ce pays qu'est la France…