“Me revoila… Je devrais m’excuser sans doute. Mea Culpa…

Cette absence involontaire n’est pas dû à ma flemme d’écrire (Encore heureux!) ni à mon manque de temps (Quoique…) mais je reviens d’un long séjour en Afrique. Très long séjour à vrai dire…

Je me sens ressourcée certes mais aussi très déboussolée.

Pour dire vrai je me suis même demandé si ce que j’écrivais servait à quelque chose ou à quelqu’un.
Si ça n’était pas juste le récit d’une vie sensée divertir ceux qui me lisent.
Si écrire tout ça allait changer quelque chose.

Je me suis vu, moi Janice Fatimé, racontant mes aventures et mes mésaventures à quelqu’un d’autre qui me jugera.
Enfin bon… Si je reprends ma plume (ou plûtot mon clavier) c’est parce qu’il s’est passé une chose étrange depuis mon arrivée il y’a trois jours, une chose qui m’a redonné envie de “partager”.

Ce qui se passe au Kenya me dépasse. Je suis septique sur ce qui se passe au Mali et je pourrais continuer encore et encore à donner mon ressenti sur ce qui se passe sur notre chère terre mais la conclusion serai que je me sens impuissante et spectatrice de ce monde.

C’est bien beau de parler des guerres, des rebelles, des nouveaux présidents etc mais et notre petite vie à nous??

Je te vois déja faire ta moue qui te rend vilaine et me dire “Mais elle est devenue folle JF! c’est à nous de faire bouger les choses! On ne va pas s’attarder sur nos petites vies minables pendant que, chez nous, les gens souffrent et ont faim!”

Tu auras raison… Mais que veux-tu que je fasse concrètement??

J’ai vu la misère la bas. La vraie. Pas celle d’ici ou les gens se plaignent parce qu’ils vivent avec “même pas le smic”, j’ai vu l’écart qui se creuse chaque jour un peu plus entre riches et pauvres.

J’ai vu nos valeurs qui n’en sont plus parce que tout ce qu’on sait faire c’est singer l’occident! Oui singer ma chère! Nous les africains ne sommes que des suiveurs.

Au lieu de prendre le bon chez l’autre et laisser le mauvais on prend tout et on fait une sorte de mix limite pathétique.
Le pire dans tout ça c’est la corruption. Je ne te parle pas de nos dirigeants (c’est inutile de s’aventurer sur ce terrain assez miné). Tout le monde est corrompu: Le boutiquier en face, l’agent qui gère la circulation etc. Bref.

Tout ça pourquoi? La pauvreté… Avant on parlait d’Afrique en vantant ses enfants loyaux et intègres, on parlait d’honneur, de fierté. Tout ça c’était avant…
On nous demande d’être afro-optimistes mais en réalité qu’es ce que l’afro-optimisme? Ils veulent qu’on se mente ou quoi?

J’ai pris le même vol qu’une dame et ses deux enfants. L’aînée devait avoir entre 12 et 13 ans et le benjamin en avait 4 (j’ai entendu sa mère le dire à une connaissance dans l’avion).

J’étais assise à coté de la petite qui lisait un livre qui m’a énormément plu: Une si longue lettre.
La premiere fois où je l’ai lu j’avais environ le même age et ça m’a fait sourire.

Police de l’air et des frontières

Arrivée à Charles de Gaulle les choses se sont gatées. Au controle de police précisément.
Il y’a certaines choses qu’on ne voit qu’à la télé. Quand elles se déroulent devant nos yeux c’est autre chose.
La femme et ses enfants se sont fait recaler. Je dis recaler parce que je ne vois pas quel autre terme serait adéquat. On aurait dit un examen de passage.

Ils se sont alors mis sur le coté attendant je ne sais quoi (enfin…la police des frontières les a mis sur le coté) et la mère s’est mise à pleurer parce qu’on lui refusait d’entrer sur le territoire français.
Elle hurlait sa douleur nous prenant à témoins. Elle était triste mais surtout incrédule et révoltée. Comme nous tous présents d’ailleurs.
La jeune fille, elle, s’est décalée du groupe. Par honte ou par tristesse ou peut etre les deux.

Du jamais vu…
Je n’ai pas osé aller leur parler. J’avais mal pour eux mais j’avais aussi mes problèmes qui m’attendaient dans ce pays.
Avec du recul je pense que mon impuissance m’énervait plus qu’autre chose.

Très vite j’ai fais une comparaison dans ma tête entre la vie là bas que je venais de quitter il y’a sept heures et celle d’ici.
Je me suis demandé si au final, l’une valait mieux que l’autre.

Une phrase m’est venue à l’esprit,une phrase dont moi même je n’ai compris le sens qu’aujourd’hui: On ne part pas parce que c’est mieux ailleurs, on part parce qu’on aurait aimé que chez nous soit mieux qu’ailleurs.

A peine arrivée chez moi j’ai changé mon statut facebook en “A paris!”,  et mon fixe a sonné.

C’était Aude,mon amie et compatriote, qui sans dire bonjour a directement enchainé “Ma soeur!! Je veux les fuites du pays!”.
Elle m’appelait pour les congossa, le kpapatoya. La fille la aime trop ça et aujourd’hui elle allait etre servie…

Janice-Fatimé”

Mlle T.

E-mail : [email protected] 

Twitter : @missytari

Les aventures de Janice-Fatimé : L’épisode précèdent

Peut-on fuir notre routine?

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