Nous avons tenu à l’interviewer parce nous admirons cet intérêt qu’il porte à l’Afrique, parce qu’il est de ces jeunes qui ont des ambitions pour leur continent. Dynamique, perfectionniste, humble et ancien président du Collectif OSER L’AFRIQUE, collectif  qui a pour credo « Incarner – Innover – Rayonner- Se Regrouper ».

Comment vous est venue l’idée du Collectif Oser l’Afrique ?

L’idée est très simple en fait…

Nous étions quelques amis très sensibilisés par les défis de notre Continent et, en parcourant  conférences et autres rencontres, nous nous sommes rendus compte que nous n’étions  pas seuls. A un moment donné, nous avons vu arriver le cinquantenaire des indépendances  de nombreux pays africains (2010) avec tout ce que cela comportait comme colloques dédiés uniquement à faire un bilan du passé.

Or, nous en tant que jeunes, notre envie était plutôt que cette célébration des indépendances ne soit pas uniquement l’occasion de faire un bilan mais marque plutôt le début d’une nouvelle dynamique.

A partir de là, nous avons alors pensé qu’il serait intéressant de partir de cet évènement pour construire une nouvelle dynamique permettant à nous, jeunes africains, d’être de véritables acteurs du changement. Nous souhaitions ainsi faire prendre conscience aux jeunes de notre génération que c’est à nous qu’il revient la charge de construire ce deuxième cinquantenaire qui s’ouvre et  que c’est bel et bien notre bilan et non plus celui de nos aînés que nous ferons  en 2060 lors du centenaire des indépendances.

Du coup, soit nous nous décidons de nous donner les moyens de faire briller notre Continent soit nous prenons le parti de continuer à critiquer et attendre que d’autres le fassent. En bref, Oser l’Afrique est  donc né  de cette prise conscience que c’est à nous et nous seuls de nous donner les moyens de construire l’Afrique telle que nous la voulons, et la rêvons…C’est un devoir !

Et pourquoi avoir choisi le nom « Oser l’Afrique ? »

Nous avons échangé, discuté et il y’a eu plusieurs propositions.

Nous avions déjà eu un débat sur les valeurs portées par le Collectif à savoir celles d’Ouverture, de Solidarité, d’Exemplarité, de Respect et, en mettant toutes nos idées en commun, nous nous sommes rendus compte que c’était le verbe « Oser » qui correspondait le mieux pour incarner notre dynamique.

Nous nous sommes alors demandés pourquoi ne pas avoir un nom qui projette le message qu’on souhaite véhiculer, un nom qui serait aussi très mobilisateur et c’est ainsi que nous avons choisi le nom « Oser l’Afrique ». Un vrai cri du cœur… 

Aujourd’hui tu n’es plus président du collectif, quel est ton bilan à l’heure actuelle ?

Je vais commencer par les points négatifs…A mon avis, le premier serait surtout la difficulté à pouvoir toucher le monde anglophone, c’est un point où je pense que nous n’avons pas forcément réussi : parler à l’Afrique dans son ensemble.

Le deuxième …Peut-être  vous avez des suggestions ? (rires) Je pense que le deuxième point négatif est plus un  point de gestion, de management. Il y aurait certainement pu avoir une meilleure gestion de ceux qui ont manifesté un intérêt pour le collectif. Ce sont à mon avis les deux principaux points négatifs.

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Jacques Jonathan Nyemb

Le premier point positif c’est qu’en deux ans nous avons réussi à créer un élan et à asseoir, sur une base d’idées et de valeurs, une véritable dynamique d’ensemble. C’est important de mobiliser les gens mais il faut le faire  sur une base commune, un idéal commun. Nous avons réussi à définir cet idéal dans le Carnet (Carnet de la Jeunesse Pour l’Afrique publié en février en 2012).

L’autre point positif est que nous sommes parvenus à nous déployer sur le Continent et avoir des représentants dans différents pays d’Afrique : des « Ambassadeurs de la Jeunesse Pour l’Afrique ». Je trouve ça particulièrement intéressant parce qu’une sorte de pont entre les jeunes du Continent et ceux de la diaspora est en train de se créer.

Le troisième élément positif à mon sens est que nous avons  réussi à « donner envie ».Quand je vais sur le site d’Oser ou quand je lis le Carnet, c’est pour moi un motif de satisfaction de pouvoir savoir que nous avons donné par ce dernier biais envie  à de nombreux jeunes de faire quelque chose pour le continent. Même s’il n’y a que dix ou quinze qui passent à l’acte, quand j’y pense,  je me dis « nous avons fait une bonne partie du chemin » parce que pour moi, c’est ça le plus important : avoir envie et retrouver confiance en nous.

 Maintenant, le but est qu’Oser passe à la deuxième étape, une étape plus opérationnelle qui permettra aux   jeunes de trouver concrètement à travers le Collectif des outils qui répondent à leurs préoccupations et leurs aspirations. Je pense à notre plateforme collaborative en ligne  qui verra le jour prochainement ou encore à nos Clusters que nous avons lancés en janvier dernier au Cameroun.

 Tu parlais de représentants en Afrique, d’ « Ambassadeurs », peux-tu nous en dire plus sur ce concept ? 

En fait, l’objectif pour nous est de pouvoir avoir dans chaque pays des cellules  qui vont nous aider à nous déployer sur le terrain. Nous avons lancé ce concept en juin 2012  à travers une campagne qui nous a permis de prendre pied sur le Continent. Depuis lors, Oser est désormais présent dans plus d’une dizaine de pays sur le Continent.

Au delà de tout cela, nous avons crée une relation très étroite avec les différentes cellules et cela est très encourageant.  Dans chaque celle, un ou plusieurs Ambassadeurs coordonnent les activités  et organisent des évènements sur le terrain et nous remontent des informations très utiles pour les projets sur lesquels on travaille. Ils sont de véritables relais sur le terrain tout en étant pleinement associés à la définition de la stratégie globale du Collectif.  C’est un atout exceptionnel pour le Collectif et nous sommes très heureux de pouvoir travailler avec nos différents Ambassadeurs à travers le monde.

Nous espérons continuer dans cette lancée et pouvoir couvrir l’ensemble des pays du Continent. Donc, à tous ceux qui veulent nous rejoindre dans cette aventure, n’hésitez pas et prenez contact avec nous par email ou sur notre site (www.oserlafrique.com)

Et là-bas, à quelle population vous adressez vous ?

Sur place,  cela dépend surtout en réalité du profil de la personne qui y est Ambassadeur.  Très naturellement, chaque Ambassadeur cherchera à rassembler auprès de son réseau. Mais, la population visée est une population jeune et pas forcément  uniquement des jeunes diplômés.. Le but est de rassembler la jeunesse dans toute sa diversité et sa richesse.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

En Afrique, il y a quelque chose de paradoxal…Il y a un véritable paradoxe identitaire…Quand vous êtes un jeune africain résidant en Afrique,  on ne va pas forcément prendre au sérieux ce que vous faîtes.

Par contre, quand vous êtes un jeune africain de la diaspora, on va vous écouter et vous prendre au sérieux mais on va vous critiquer en vous disant que vous ne connaissez pas les réalités du Continent parce que vous n’êtes pas sur le terrain et que vous ne savez pas ce qu’il faut faire.

C’est vraiment très paradoxal et cela peut freiner la possibilité de créer un pont entre la diaspora et le Continent. Il y a bien sûr une pédagogie à faire mais il faudrait que les jeunes de la diaspora et ceux du Continent acceptent de  se parler, de s’écouter, de se faire confiance et surtout d’agir ensemble sans complexe, sans préjugés et sans idées reçues.  Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons bâtir l’avenir de l’Afrique !

Interview réalisée par Mlle T, Johana N’dia et M.D.K

Rencontre avec : Jacques Jonathan Nyemb

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