Fraichement intronisé « roi de la nuit » de la « jeunesse dorée Africaine » à Paris, par l’hebdomadaire Jeune Afrique,c’est dans un café non moins royal des champs Elysées, que Sékou Diawara a accepté de nous livrer les clés de son royaume.

En tout état de cause, s’il n’ignore pas que l’exactitude est la politesse des Rois, le promoteur des nuits à succès « African Money », va tout de même parvenir à nous faire oublier son retard à notre entretien.

A bientôt 26 ans,  celui qui cumule la double casquette d’étudiant à l’IDRAC et de dirigeant d’AMPLUS Events (société évènementielle chargée de l’organisation de soirées),   est un fin diplomate doublé d’un habile orateur qui nous allons le voir, a (pour notre plus grand plaisir) un « avis sur tout » et sur l’Afrique en particulier.

De son enfance il ne dit pas grand-chose si ce n’est qu’il est arrivé en France quand il avait 16 ans, et qu’il y fait ses classes dans le très prestigieux Collège St Martin de France. C’est dans cet internat présenté comme l’un des plus « select » par le même dossier de Jeune Afrique, qu’il va faire la connaissance de la « jeunesse dorée » Africaine, et finira par tisser un réseau d’amis, enviable.

Parce que Paris est dit-il,  « le Carrefour de tous les Africains. Que l’on vive en Suisse ou au Canada, tôt ou tard on finit par s’y retrouver », c’est fort de son réseau, qu’il s’est fixé pour objectif de « s’y démarquer ».

En créant les soirées « African Money », le jeune homme avait soif d’action car pour lui « être Africain, c’est une idéologie. Il nous faut être acteur, au lieu de laisser aux autres de venir faire pour nous ».  Son credo? Mettre en lumière  la richesse des Africains dans son acception large « Je fais des soirées à dimension « culturelle » comme celle à thème qui choisit de mettre à l’honneur les pagnes et tissus africains,  à composante « intellectuelle », car l’essentiel de ma clientèle est issu de la communauté estudiantine de la diaspora,  et à vocation lucrative ». Les soirées de Sékou, un résumé des  richesses majeures du Continent, selon Sékou, riche de sa culture, de ses ressources humaines, et de son pouvoir financier.

Son succès ? Le jeune homme, croyant, attribue son succès à la volonté Divine, et au fruit de son travail .S’il entend terminer ses études, c’est parce qu’il veut garder les pieds sur terre. Il fait le diagnostic du problème des initiatives lancées par les Africains, et en déduit qu’elles souffrent souvent du « manque d’organisation », et pour remédier à cette « faille », contre l’avis de la plupart,  il entend apporter cette touche de professionnalisme qu’il manquait dans l’évènement nocturne.  Réfléchir, organiser et structurer une stratégie pour parvenir à un produit final qui n’ait pas l’air d’être « une improvisation, que le public suivrait comme des moutons ».

S’il se refuse à comparer ses soirées aux autres soirées Africaines qu’il « respecte », c’est parce qu’il préfère mettre l’accent sur la différence de motivations entre les organisateurs.« Moi je suis audacieux,  je n’ai pas peur, et il faut cela pour réussir dans la vie. Beaucoup n’osent pas proposer des cadres d’évènement prestigieux à leur public. Par complexe, les organisateurs ont fini par créer une ségrégation spatiale et mentale, pensant que les Africains étaient seulement bons à s’amuser dans tel ou tel coin…  or cela ne marche pas comme cela , nous à African Money, nous n’hésitons pas à mobiliser les lieux les plus huppés, les plus propres, pour organiser nos évènements.  »

Les soirées African Money pour leur concepteur, c’est l’envie manifeste  de démocratiser l’accès à des soirées  de qualité «Nous voulons montrer aux autres, que les Africains peuvent s’amuser n’importe où. Ce que d’autres peuvent boire ou avoir, nous aussi en tant qu’Africains nous le pouvons.  Bien que nous ne soyons pas sectaires, et que nous sommes ouverts à toute communauté, l’on a voulu proposer à des Africains, un cadre de divertissement carré, professionnel, fait par des Africains pour des Africains »

Logo d'African Money

Logo d’African Money

Sékou le sait, son concept plait et il en est fier : « Quand vous êtes professionnel, il faut le dire, sans crainte de vexer les gens. Il ne faut pas se mentir… certaines personnes ont cru que mes soirées étaient exclusivement dédiées à des fils à papa, mais ceux là sont uniquement des envieux qui n’auront pas cherché à comprendre le concept qu’il y’a derrière.» La jalousie des siens, semble être la hantise de notre invité qui regrette que « la réussite soit un tabou » qu’au contraire des Etats unis, ses frères, se montrent si critiques envers ceux qui ont du « succès ».  Les critiques il dit les aimer, car dit il « celles ci construisent et grandissent la société. Moi j’adore les critiques, et pour les capter j’ai d’ailleurs à ma disposition un logiciel me permettant de faire de la veille concurrentielle, histoire de savoir ce qui se dit de mes soirées, pour corriger le tir, et faire en sorte que mes détracteurs deviennent mes ambassadeurs. Si quelqu’un critique, il faut l’écouter car il y’a forcément une raison à cela »

Pour lui, il n’y a pas plus de raison de stigmatiser l’exposition que font les Africains de leur richesse, qu’on ne le ferait pour les « Qataris » :  « Les Qataris on les respecte pourquoi ? Juste parce qu’ils ont de l’argent ».

A la question de savoir si la jeunesse dorée de ses soirées était représentative de la jeunesse du Continent, il répond qu’il n’a pas fait le choix exclusif de cette « jeunesse dorée, que je n’ai pas choisie, mais qui est venue de manière naturelle car j’y compte beaucoup d’amis », et complète en disant « la jeunesse dorée n’est pas forcément mieux dotée en argent que ne le sont des dealers par exemple, mais il m’importe d’avoir une clientèle éduquée pour arriver à présenter une image conforme à mon concept. Il s’agit pour la plupart d’étudiants, bien éduqués, et de bonne famille, même si cela ne signifie pas nécessairement riches… cela  signifie pour moi des gens qui savent se tenir, adhèrent aux thèmes et peuvent s’amuser sans bagarres ». Le ton catégorique et la mine convaincue, Sékou l’affirme « lorsqu’au début mes soirées comportaient cette clientèle, il n’y avait aucune bagarre ».

Lorsqu’on lui demande s’il est raisonnable ou moralement acceptable pour des jeunes issus de pays pauvres, de dépenser autant d’argent dans des soirées telles que les siennes,  Sékou nuance : « Dans  la vie tout le monde se bat pour réussir, et l’on ne devrait pas avoir honte de jouir de ce que l’on a. Les jeunes  qui viennent à mes soirées ne sont pas tous des enfants de « grande famille », certains sont les progénitures de citoyens lambda, qui ont gagné honnêtement leur vie et que le pays soit pauvre ou pas, ils doivent pouvoir le dépenser comme ils l’entendent. Ils ne sont quand même pas la base de la pauvreté de leur pays. Doit on dire que parce qu’il y’a la guerre chez vous, vous devez cesser de vivre et aller porter les armes aux cotés des autres ? Va-t-on se dire le pays va mal, donc je dois donner mon argent à d’autres pour le développer, sachant que derrière je cours le risque d’être volé et encore plus malheureux ? Il va falloir que l’on arrête d’être aigri, cessons l’hypocrisie.  A African Money comme dans d’autres soirées, vous trouverez des jeunes qui paient 20 euros et d’autres qui peuvent paier jusqu’à 100 000 euros en une soirée, cela se voit dans les boites de nuit ici à Paris »

Sekou Diawara lors de la soirée de Juin 2012

Sekou Diawara (à droite) lors de la soirée de Juin 2012

Yeux dans les yeux, Sékou assure que la cohabitation entre les deux publics n’est pas exclue dans ses soirées : « il y’a des gens qui paient 20 euros et d’autres, 2000, 3000  ou plus …sans que cela ne pose de problèmes. Rendez vous compte que certaines personnes qui dépensent autant pourraient s’offusquer de ce que des personnes ayant dépensé moins se retrouvent dans la même soirée qu’eux. Ainsi, je me rappelle qu’un soir  un groupe de huit jeunes filles devant prendre pour près de 4000 euros de bouteilles,  est arrivé devant la boite, et avait décidé de passer outre la file… je leur ai demandé d’être patientes, et le ton est monté car elles se sont indignées de ce que ceux qui aient paié moins, puissent passer avant eux, ce à quoi je n’ai pas cédé car les personnes qui payaient moins mais avaient attendu plus d’une heure sous le froid, ne pouvaient passer derrière elles, qui même si elles payaient cher, ne pouvaient attendre une dizaine de minutes. Je leur ai demandé de respecter cela, et elles ont refusé, n’ayant pas cédé, je me suis privé de 4000 euros, préférant camper sur mes valeurs. J’ai beau être un homme d’affaires, devoir paier ma salle et pour cela privilégier les clients les plus aisés, parfois je ne déroge pas à ses valeurs humaines »

Des valeurs humaines, que le collectif a voulu inscrire dans un projet humanitaire : «  c’est un vœu que je nourrissais depuis longtemps, et beaucoup ont pensé que je ne le ferais jamais, je leur ai dit qu’on en reparlerait. Depuis, j’ai créé l’association les enfants d’African Money, car j’estime que pour que l’Afrique accède a une vraie indépendance, il faudra que nous puissions nous entraider, construire notre développement. Demain s’il y’a une guerre ou un désastre, il faudra qu’avant toute aide internationale, nous puissions mettre en œuvre une solidarité du Continent. Ce n’est pas sorcier d’aider, car il y’a des milliardaires sur le Continent, et s’ils se regroupaient pour créer une ONG d’envergure, qui constituerait un fonds d’investissement Africain en cas de sinistres…. c’est dans cet esprit que j’ai décidé sans brusquer quiconque, de prêcher par l’exemple en faisant des dons à partir des bénéfices de l’activité d’African Money, pour inculquer cette valeur de solidarité.  Pour l’instant, nous nous contentons lorsque nous nous rendons en Cote d’Ivoire ou au Cameroun comme ce fut le cas déjà, nous identifions des orphelinats, et selon les besoins en denrées alimentaires et financières, nous posons un geste pour soutenir des actions en faveur des enfants. Bien sûr cela est modeste, car certains luttent contre la lèpre, d’autres contre le SIDA, mais nous, nous voulons apporter notre pierre à l’édifice, apporter l’éducation aux enfants défavorisés afin de leur  ouvrir les portes de l’avenir, et nous agissons dans les limites de nos moyens, en prenant je le rappelle sur nos bénéfices d’activité, ce qui est un sacrifice personnel».

3 ans après le lancement de ses activités, notre interlocuteur porte un regard mitigé sur son bilan « Il m’arrive de regarder des vidéos de nos soirées, et évidemment je porte un œil critique sur la croissance, puis le déclin du concept.  Evidemment, je n’ai plus la même clientèle huppée, de la jeunesse dorée, qu’il y’a 3 ans , puisque désormais j’ai une toute autre clientèle, et cela me va. Après 3 ans de concerts, soirées, humanitaire,  nous avons fait Paris, Lille, Lyon, Bordeaux , Abidjan, Yaoundé et Douala, Libreville, Montréal … et partout où nous sommes allés, nous avons fait salle comble, signe que le concept a acquis une certaine notoriété et demeure apprécié»

S’il remercie son Dieu du succès rencontré durant ces années, et salue le travail abattu  dans l’ombre par son équipe ses DJ,  il dit « n’avoir pas peur de parler de ses échecs » : « En 3 ans, il y’a forcément eu des moments où tout ne se passait pas comme prévu, où il y’eut des bagarres, où des personnes qui n’avaient rien à voir avec mes concepts ont semé le désordre … des moments où j’ai été touché, et même lorsque j’en parle, certes j’en souris aujourd’hui mais cela n’avait rien d’évident. Entre les critiques, les plaintes des clients, il y’a également le fait que mes amis pour qui j’avais initié ce projet à la base, avec le temps ont pu mal prendre le fait que je ne puisse plus être aux petits soins. Comprenez bien, nous étions passés de soirée entre 200 et 300 personnes à nos débuts, à des soirées de 900 personnes où 800 personnes attendent dehors, et évidemment devant tout gérer, je n’étais pas toujours disponible».

Très lucidement il le concède, ses soirées ont été victimes de leur succès : « ma stratégie d’intéressement du public s’est avérée payante, mais je n’étais pas suffisamment aguerri pour gérer ce succès. On dit que lorsque l’on fait un coup d’état, il faut bien penser l’échec du coup d’état, or je n’avais misé que sur l’échec de mon projet, et j’ai omis de considérer les autres aléas. Je n’avais pas pris en compte tous les paramètres, considérant qu’il fallait communiquer à outrance pour amener un maximum de personnes à fréquenter mes soirées. C’est ainsi que j’ai profité des réseaux sociaux, dont Facebook, sans jamais utiliser de flyers ou supports papiers, pour capitaliser sur les avantages de la communication via le net. Au travers de mes amis de par le monde, j’ai posté des vidéos de mes soirées sur les murs de ceux comptant le plus d’amis (entre 2000 à 3000), afin de toucher indirectement ce public, et m’accorder une grande visibilité sans couts »

La leçon de tout cela pour Sékou, c’est qu’entre « la réussite  et le hasard, il y’a un fossé… on ne réussit pas au hasard, il faut travailler ».

Info ou intox

Info ou intox, à Yaoundé un client aurait acheté pour près de 100 bouteilles de champagne ?

Info, c’est un ami donc il a voulu faire un cadeau.

Info ou intox, tu nourris des rêves politiques. Futur président de la Guinée ?

(Info) Seul Dieu le Sait, mais bon faut rêver (sourire).

Info ou intox, les soirées AM sont les plus tendances de tout Paname ?

 (Rires) au public d’en juger.

Info ou intox, African Money se déplace en Guinée Conakry en 2013 ?

(il adopte un air pensif) c’est à voir, on réfléchit là-dessus (sourire).

Propos recueillis par Boniface Duval et d’Artagnan

Article rédigé par d’Artagnan

email : [email protected]

Sekou Diawara (African Money), le prince de la nuit qui voulait devenir une idole

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