Au travers d’histoires réelles, voyez qu’il ne saurait y avoir une Afrique libre et prospère, sans que nous ne sacrifions un peu de nos intérêts personnels, au bien commun,  et enfin, qu’il n’est nul besoin ni d’être aux affaires, ni d’être nanti, pour pouvoir influer positivement sur ce qui nous entoure.

 

 

« L’argent est un bon serviteur et un mauvais maître»

Enfin seul ! J’ai bien cru que j’allais craquer avec leurs « capitaine » et « commandant », lancés derrière de faux sourires hypocrites, dégainés à tout bout de champ, pour vous soutirer une pièce. Alors  d’accord pour qu’ils prennent mes bagages et m’aident à les transporter jusqu’au taxi, d’accord aussi pour que le gardien de la résidence m’aide à grimper les 6 étages qui mènent à « chez moi », mais je ne vois absolument pas pourquoi je devrais leur donner quelque chose pour cela. D’abord je ne leur ai rien demandé, j’aurais bien pu me débrouiller tout seul, ensuite j’’estime que s’ils veulent des remerciements, un simple « Merci » devrait suffire, et puis de toute façon j’ai trouvé la parade, un grand classique: je leur dis que je n’ai pas de monnaie.

Enfin, ce n’est pas tout mais maintenant que je suis rentré, j’ai une de ces faims.   Heureusement, il me suffit d’ouvrir le four pour constater, que la dame de ménage a pensé à m’y laisser un bon petit plat. Autant le dire tout de suite, ces six heures de vol m’ont paru être une éternité. Entre ce passager malade, à qui il a fallu opposer la force à défaut de lui faire entendre la raison, et mon jeune copilote aux blagues plus que douteuses, je ne crois pas m’être beaucoup amusé.

Source: dailymaverick.co.za

Source: dailymaverick.co.za

Tiens,  c’est vrai, la lumière du salon ne fonctionne plus, cela va bientôt faire un mois. Dire que si Nathalie vivait encore ici, ce genre de choses aurait pu virer à la dispute. Ah les femmes ! D’abord y’a celle qui vous presse de déménager et veut que vous ayez une maison rien que pour vous deux… alors faut vite lui expliquer que cet appartement je ne le quitterai pas, ce d’autant plus que je n’y paie aucun loyer. Déjà que j’y payais un loyer minable de 40 mille Francs mensuels pour un confortable 3 pièces dans l’un des quartiers les plus cossus de la métropole, faut dire que la liquidation prolongée de précédente compagnie aérienne dont cet appartement est un patrimoine, m’a soulagé de tous devoirs envers le bailleur… je sais bien que cette aubaine est temporaire, mais en attendant cela va faire 8 ans, que je ne paie aucun loyer et je compte bien profiter de cette manne jusqu’au bout. C’est vrai quoi, pourquoi j’irais m’embêter à construire une maison ou à louer un appartement, quand j’en ai un, gratuit ? C’est vrai que l’immeuble est un peu plus sale qu’avant, qu’il y’a des fois, des rats qui s’y baladent en plein jour et que la majorité des occupants l’ont déserté,  mais bon, y’a vraiment pas de quoi s’alarmer, et tant pis si la bonne dame ne peut pas comprendre cela.

 

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Caricature

C’est typiquement ce genre de pensées qui m’ont fait choisir le métier que je fais.  Pouvoir s’envoyer en l’air tout le temps, cela permet d’échapper a toutes ces contraintes, que la société veut nous imposer. Vous voulez un exemple ? Tenez, cela va faire une semaine que je suis parti, pourtant qu’est-ce que je lis dans la presse du jour ?  Le smic va être augmenté de 5%. C’est trop ! Jusqu’ici l’on avait réussi à le maintenir fixe depuis 28 ans, je ne comprends pas que cela change aujourd’hui. Des fois, je me dis que notre président est trop bon avec les pauvres. En tout cas ma “bonne” n’a pas intérêt à me faire le coup de me faire une réclamation, sinon je la vire, direct. Avec le chômage qu’il y a dehors, elle aura tôt fait de revenir, me supplier pour que je la reprenne, ce qui je le reconnais m’arrangera bien.

Cette femme a le don de me faire faire des économies quand je lui donne de l’argent pour les courses. Avec le prix d’un, elle m’en ramène deux, y a pas à dire c’est une perle rare.

Généralement, les femmes ont rarement le souci de l’argent, lorsqu’il ne leur appartient pas.

Tenez, y’a cette jeune cadre de banque, avec qui j’ai eu quelques rencards, Sylviane, qu’elle s’appelle. Elle voulait tout le temps sortir, me demandait de prendre des vacances… mais c’était impossible ! Premièrement je ne voyais absolument pas pourquoi on devrait faire tout cela avec mon argent. Les femmes ne se rendent pas compte, mais moi je regarde la télévision et je le vois bien que le prix du  carburant à la pompe ne fait qu’augmenter, alors pour ne pas  gaspiller mon argent, je préfère que l’on ne sorte pas.

Et puis, qui dit « Sortir », dit «  dépenser », dans les restaurants, les cabarets etc. … Non merci !

N’allez pas me juger trop vite, je ne suis ni cupide, ni rabat-joie, mais quand on a eu la carrière que j’ai eue, essuyé la frustration occasionnelle d’un travail sans salaire, l’on apprend à mesurer toute chose, à sa stricte utilité. C’est aussi cela, murir.

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Pilote de ligne

De plus, je préfère sacrifier ce temps libre, à faire mon boulot, pour toucher  encore plus de primes. Si j’avais le choix, je me gaverai de café, pour faire encore plus de vols. D’ailleurs, si tôt que j’aurai souscrit à la plage de repos obligatoire, le directeur des opérations, peut être sûr que je lui demanderai de me reprogrammer.

Un vol moyen ou long courrier, national ou international, peu m’importe bien, du moment que l’on me paie. De toute façon, en ma qualité de plus vieux commandant en exercice, je pense être  plus habilité que quiconque,  pour juger de mon état de fatigue.

Et puis, si je n’ai pas le vol, à qui le donnera-t-on ? A un de ces jeunes à peine sorti de l’école ? Ils ne sont bons qu’à se plaindre, et à parler de futilités. Des fois, j’aimerais bien les y voir à mon époque. Il n’y a pas de doute, ils ne tiendraient pas une seconde. Nous ne sommes pas faits du même bois. Eux sont des paresseux, ils ignorent ce que c’est que le sacrifice, le respect de la hiérarchie et ce sont toujours eux qui grèvent pour rien. Ils veulent être payés plus, ils veulent avoir plus d’heures de vol, ils veulent être logés, Eh bien, non ! Nous nous sommes battus pour en arriver là, et la hiérarchie le sait qu’elle peut compter sur moi pour donner des noms, et empêcher qu’ils ne viennent tout gâcher.

Le président de la république, ce grand homme, lui-même l’a dit, cette jeunesse veut qu’on lui cède tout et ne veut rien arracher. Le palais présidentiel il n’en a pas hérité, il n’y est pas arrivé via un vol en classes affaires, il s’est battu pour l’avoir. Oh que je le comprends !

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Ecole nationale d’aviation civile (ENAC)

Nous autres avons été formés, en France, dans la prestigieuse Ecole Nationale d’Aviation Civile de Toulouse. Nous sommes passés dans les mains expertes, du grand et célèbre, Bertille GUITTON, alors cela m’irrite quand je vois que l’on veut nous envoyer en retraite, pour laisser les commandes à ces arrivistes formés, on ne sait trop comment sur le continent.

Il y’a deux ans, lorsque la circulaire du ministère des transports,  fixait l’âge obligatoire de la retraite à 63 ans, je les voyais jubiler. A croire qu’ils ignorent  la chance qu’ils ont, de voler avec moi, moi qui étais le chouchou parmi les Africains, de tous mes collègues blancs.

A l’époque déjà, j’avais du écrire au ministre pour lui demander une dérogation.

Ces deux dernières années sont passées trop vite, et il semble falloir que je fasse à nouveau appel à cette haute autorité, pour pouvoir espérer continuer à faire mon travail.

Beaucoup de pilotes souffrant comme moi, à mon âge, de problèmes d’arthrose,  redoutent l’épreuve du test médical, mais pas moi… pas depuis que je sais, que le docteur en charge de faire cet examen, est une cousine éloignée, Marie Danièle KIBANGADI. Elle fera le nécessaire !

Pour revenir au ministre, à mon dernier voyage à paris, j’avais pris soin de lui garder une bonne bouteille de Brandy « NAPOLEON » et une caisse de cigares « COHIBA », que je lui avais fait joindre avec un petit mot, lui demandant de statuer favorablement sur mon cas.

Mais cela va bientôt faire une semaine et je n’ai toujours pas de réponses. Je me dis qu’il n’a peut-être pas goûté l’attention, au fond  je devrai peut-être choisir un alcool plus sophistiqué, la prochaine fois.

Enfin, quoi qu’il en soit, j’ai ouïe dire que le neveu du ministre, possède un commerce ici, dans la capitale économique et que de fait, il est un client régulier du vol du vendredi soir. Je pourrais peut être m’arranger à inviter le directeur des opérations à diner dans un restaurant chic mais pas trop cher, afin qu’il fasse de moi, le pilote titulaire sur cette ligne. De sorte je m’arrangerai pour surclasser  ce monsieur en première classe, et le mettre aux petits soins, ainsi il parlera de moi en bien à son excellence, son oncle …

Vivement,Vendredi!

d’Artagnan

e-mail : [email protected]

 

Tranches de vie : L’épisode précèdent

« Tranches de vie » (2)

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