La nouvelle est tombée dimanche en milieu de journée. Après un marathon électoral qui a renouvelé de nombreuses institutions dont l’assemblée nationale, le sénat et les exécutifs locaux, Uhuru Kenyatta a été élu 4ème président de la république du Kenya.

Comme l’exigeait la Constitution de 2010, pour être élu, il a obtenu dès le premier tour plus de 50% des suffrages exprimés nationalement et plus de 25% des suffrages exprimés dans au moins 24 comtés sur 47.

N’en déplaise à Raila Odinga – l’éternel second – et à Fatou Bensouda – la mère fouettard – le peuple kenyan s’est prononcé.

Le premier conteste la victoire de Jubilee, nom de la coalition formée par Uhuru Kenyatta et William Ruto. Avant même la proclamation des résultats par la commission électorale, son parti les contestait déjà invoquant des problèmes informatiques qui auraient rendu le décompte hasardeux.

Uhuru Kenyatta brandissant le certificat de la commission électorale le proclamant président.

Uhuru Kenyatta brandissant le certificat de la commission électorale le proclamant président.

Qu’importe si Isaack Hassan, président de la commission électorale reconnu par tous pour son impartialité, lui a assuré que le résultat n’avait pas pu être entaché d’irrégularités. Qu’importe si les observateurs n’ont rien trouvé à redire. Qu’importe si la participation aux élections a été historique et que Uhuru a mené la danse de bout en bout, aussitôt les résultats officialisés, M. Odinga s’est empressé de déclarer qu’il ne les reconnaissait pas. Il a affirmé qu’il s’en remettait au jugement de Willy Mutunga, magistrat connu pour son combat en faveur des droits de l’homme. Raila Odinga; l’homme aux 3 élections présidentielles perdues; L’homme ayant recueilli 43% des suffrages exprimés joue son va-tout en introduisant un recours à la cours suprême.

En octobre dernier, la seconde tenait à peu près ce langage « L’avenir politique du Kenya est entre les mains du peuple kenyan qui décidera du résultat des prochaines élections et redessinera en fin de compte la destinée de ce grand pays. Le processus judiciaire engagé à la CPI suivra également son cours, quels que soient les choix politiques effectués par les Kenyans ».

Même si le porte-parole du tribunal s’est empressé de rappeler que les élections ne changeaient rien puisqu’il n’y a aucune immunité contre la Cour Pénale Internationale, Mme Bensouda a sérieusement dû avoir un début de migraine en apprenant les résultats. Elle n’a pas pu s’empêcher de penser que si à l’avenir il lui vennait l’idée de demander  l’arrestation d’Uhuru, elle fera face au précédent Omar el-Bechir, président soudanais. On se souvient encore de son voyage à Addis Abbeba durant lequel elle a fait un lobbying intense pour obtenir la coopération active de tous les pays africains.

Quand est-il de toi Uhuru? 

Tu arrives à la tête d’un pays qui doit panser ses plaies.

Uhuru, il se dit que depuis ton père et la révolution Mau-Mau, les Kikuyus dont tu fais parti verrouillent les cercles de décisions. La présidence de Daniel Arap Moi – un Kalenjin – n’y a rien fait, cette image vous colle au doigt comme un vieux sparadrap.

Il faudra recréer cette cohésion sociale qui caractérisait tant le Kenya.

Uhuru, l’environnement d’affaires n’est pas des meilleurs, le Kenya a perdu 4 places et est maintenant 121ème au classement mondial. Monsieur le président, il en va de même avec la corruption puisque le pays est classé 139ème sur 176 par transparancy international.

Uhuru, les jeunes oisifs sans qualifications sont de plus en plus nombreux nombreux. Certains se lancent même dans le vice et rejoignent les Mungiki, ce gang ultra-violent qui terrorise indifféremment tes concitoyens et les touristes.

Il faudra améliorer la répartition de la richesse du pays pour que le peuple tout entier reprenne espoir.

Uhuru, j’ai cité ces trois sujets mais la liste aurait pu être plus longue. La gouvernance de la East African Community, les problèmes avec le voisin somalien, la piraterie dans l’océan indien, la refonte du code d’urbanisme des grandes villes, les grands projets d’infrastructures…

Beaucoup pourrait penser que maintenant que tu es là Uhuru, tout est fait*. Mais, autant te le dire, les dossiers qui t’attendent sont nombreux. Le premier d’entre eux reste quand même de faire accepter ta victoire.

Boniface Duval

E-mail : [email protected]

Twitter : @BonifaceDuval

 

Citation

«Many people may think that, now there is Uhuru, now I can see the sun of Freedom shinning, richness will pour down like manna from Heaven. I tell you there will be nothing from Heaven. We must all work hard, with our hands, to save ourselves from poverty, ignorance, and disease.»
Jomo Kenyatta, first president of Kenya, from an Independence Day message to the people.

«Beaucoup pourrait penser : maintenant il y a Uhuru (ndlr : liberté en swahili), maintenant je peux voir le soleil de la liberté briller, la richesse tombera du Ciel comme la manne. Je vous le dis, rien ne viendra du Ciel. Nous devons tous travailler dur, travailler de nos mains pour espérer nous sauver de la pauvreté, l’ignorance et la maladie.»

Jomo Kenyatta, premier président du Kenya, extrait d’un discours adressé au peuple lors de la fête nationale

 

Uhuru Kenyatta, président par intérim?

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